La candidate du groupe PPE à la présidence du Parlement européen, la Maltaise Roberta Metsola, a été questionnée, mercredi 8 décembre, sur ses positions anti-avortement par plusieurs élus du groupe Renew Europe, notamment français.
Bernard Guetta aurait, selon un observateur, « planté le décor » en annonçant qu'il ne voterait pas pour Mme Metsola afin de ne pas envoyer un signal pouvant être interprété comme une régression des droits de la femme. D'aucuns ont rappelé que l'une des deux femmes ayant présidé le PE, la Française Simone Veil, s'était battue pour obtenir la légalisation de l'avortement dans son pays malgré la position de son parti.
Mme Metsola aurait soutenu que son discours en tant que représentante du Parlement serait sans ambiguïté sur la question, tentant de convaincre son auditoire qu'il est possible de séparer les contextes européen et maltais, où un débat politique est en cours sur l'avortement.
Sur d'autres sujets, la chrétienne-démocrate maltaise a plutôt convaincu les eurodéputés, notamment sur la défense de l'État de droit et l'ambition dans la concrétisation du 'Pacte vert européen'. Elle les a assurés qu'en tant que représentante de tous les députés, elle présiderait l'institution de l'UE en toute indépendance vis-à-vis du PPE et défendrait fidèlement les positions majoritaires du PE dans les relations interinstitutionnelles.
L'objectif de Mme Metsola est vraiment d'« unir le centre de l'Assemblée », notamment sur des questions liées aux droits fondamentaux, a indiqué une deuxième source parlementaire. Et c'est le moment d'y parvenir avec la Présidence française du Conseil de l'UE qui se profile, a-t-elle ajouté.
Une idée de la candidate est de créer un réseau européen de jeunes dirigeantes, qui serait chargé d'émettre des idées sur la façon d'aider les femmes à arriver aux responsabilités dans leur pays.
Après deux heures de discussions, l'impression générale laissée par Mme Metsola semble plutôt positive, celle-ci étant appréciée par son expérience et sa capacité à façonner des compromis transpartisans, comme ce fut le cas pour le rapport du PE sur les procédures-bâillons intentées contre les journalistes (EUROPE 12828/1).
Le groupe Renew Europe devrait se réunir à nouveau, la semaine prochaine, à Strasbourg, pour décider de la marche à suivre en fonction des candidats officiellement déclarés dans la course à la présidence du PE.
Le groupe ne devrait pas lui-même présenter de candidat, son président, le Français Stéphane Séjourné, préférant subordonner le soutien du groupe de centre droit à l'élaboration de priorités politiques claires d'ici aux élections européennes de 2024 et au maintien d'un cordon sanitaire visant l'extrême droite (EUROPE 12847/13). La reconduction de Charles Michel à son poste de président du Conseil européen au-delà de mai 2022 est également un élément important de l'équation.
Tiraillée entre le respect de la ligne défendue par M. Séjourné et les valeurs sociétales défendues par le groupe, la délégation française Renaissance devrait également tenter d'établir sa position en amont de la prochaine réunion du groupe Renew Europe.
Le groupe S&D poursuit sa réflexion. Mercredi après-midi, l'Espagnole Iratxe García Pérez, testée positive à la Covid-19, a fait le point avec les élus du groupe qu'elle préside sur les discussions menées avec les autres forces politiques pro-européennes de l'hémicycle et relatives à l'opportunité de présenter une candidature sociale-démocrate, conformément au mandat reçu fin novembre (EUROPE 12838/10).
À part le groupe PPE, qui appelle au respect de l'accord informel sur la présidence du PE ficelé en juillet 2019 (EUROPE 12287/1), les autres groupes ne seraient pas fondamentalement hostiles à une telle démarche, à condition que le groupe S&D présente une femme.
Les élus sociaux-démocrates décideront, mardi 14 ou mercredi 15 décembre, en marge de la session plénière à Strasbourg, s'ils présentent, ou pas, un candidat à la présidence du Parlement.
Sira Rego candidate de la gauche radicale. Mercredi, le groupe La Gauche a nommé l'Espagnole Sira Rego candidate dans la course à la présidence du PE, comme ce fut déjà le cas en juillet 2019 en début de législature (EUROPE 12287/3).
À une époque marquée par la montée de l'extrême droite et la crise socioéconomique, la réponse à ces défis doit être « le féminisme, l'environnementalisme, la défense des services publics, l'État-providence et l'emploi de qualité », a déclaré Mme Rego dans un communiqué. Selon elle, pour concrétiser cette réponse, « une nouvelle forme de gouvernance en Europe est nécessaire ».
La veille, le groupe CRE avait désigné le conservateur polonais Kosma Złotowski comme candidat des souverainistes. (Mathieu Bion)