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Bulletin Quotidien Europe N° 12838
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INSTITUTIONNEL / Parlement europÉen

Début des grandes manœuvres pour le renouvellement de la Présidence du PE

Les principaux groupes politiques du Parlement européen ont entamé leur réflexion en interne, voire des démarches concrètes auprès des autres familles politiques, en vue du renouvellement, en janvier prochain, de la Présidence de l'institution européenne, alors que la législature arrive à mi-mandat.

À ce stade, le groupe PPE est le plus avancé. Convaincus que cette fois, la Présidence leur échoit, ses 178 membres éliront, mercredi 24 novembre en fin d'après-midi, leur candidat. Trois eurodéputés sont en lice : la Maltaise Roberta Metsola, la Néerlandaise Esther de Lange et l'Autrichien Othmar Karas.

Les chrétiens-démocrates demandent que soit respecté l'accord informel ficelé en juillet 2019 lors de l'attribution des hautes fonctions européennes (EUROPE 12287/1), selon lequel la Présidence du PE reviendrait d'abord aux sociaux-démocrates pendant deux ans et demi, puis aux chrétiens-démocrates, comme ce fut le cas lors trois derniers mandats parlementaires.

Le groupe PPE a été « très loyal » au début du mandat en votant pour David Sassoli, a considéré son président, l'Allemand Manfred Weber, mardi 23 novembre à Strasbourg. Selon lui, sa famille politique a « le droit de désigner » un candidat et est prête à négocier un programme stratégique avec les autres groupes. Nous désignerons une personnalité « très raisonnable », a-t-il promis.

Roberta Metsola serait en tête des pronostics. Issue d'un petit pays du sud de l'Europe, elle représente une nouvelle génération de dirigeants politiques. Ayant remplacé en tant que première vice-présidente du PE l'Irlandaise Mairead McGuinness, partie à la Commission européenne, elle a siégé au perchoir à la place du président Sassoli pendant son absence pour maladie, notamment lors du discours sur l'état de l'Union de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, mi-septembre. Elle était à Glasgow lors de la COP26 sur le climat.

« Elle a 'fait le job' », selon une source parlementaire d'un autre groupe politique. Même la présence de son mari dans les Pandora papers ne semble pas la desservir au point de la mettre hors jeu. Et la non-candidature de l'Espagnol Esteban González Pons serait de nature à l'avantager par rapport à ses rivaux.

Le groupe S&D prêt à aller au combat

Au Parlement, tous les regards sont tournés vers le groupe S&D. Celui-ci n'est pas prêt à laisser filer la présidence du Parlement.

Fraîchement réélue présidente du groupe, l'Espagnole Iratxe García Pérez a estimé, mardi, que la présidence du Parlement n'appartenait « à personne ». Selon elle, la situation politique a changé depuis les élections européennes de mai 2019, la victoire du parti SPD en Allemagne démontrant qu'un élan s'est créé en faveur de la social-démocratie en Europe. Et de se dire prête à négocier avec les groupes pro-européens pour garantir « la stabilité » politique.

Les sociaux-démocrates n'ont pas digéré l'élection du chrétien-démocrate irlandais Paschal Donohoe à la tête de l'Eurogroupe aux dépens de la socialiste espagnole Nadia Calviño en juillet 2020. Ils font également valoir que l'accord informel de juillet 2019 sur la présidence du PE identifiait Manfred Weber, candidat malheureux à la tête de la Commission européenne. Or, le Bavarois a rempilé à la présidence du groupe PPE et ambitionne celle du parti PPE.

Dans les autres groupes, on ne l'entend pas de cette oreille. « Contrairement à ce que disent les sociaux-démocrates, l'accord n'est pas nominatif », a indiqué cette source parlementaire.

David Sassoli apparaît comme le candidat social-démocrate naturel. Son envie de rempiler n'est plus un secret. Et son initiative de lancer une réflexion interne sur l'évolution de la démocratie parlementaire européenne à la lumière de la pandémie pourrait être interprétée comme une façon de préparer le terrain à un deuxième mandat (EUROPE 12789/23).

Mardi en fin d'après-midi à Strasbourg lors d'une réunion du groupe S&D, le président du PE a estimé que sa famille politique ne pouvait pas amener le Parlement aux élections européennes de 2024 avec une coalition à majorité conservatrice. « Nous croyons aux alliances. Personne n'est auto-suffisant et nous devons mener ces alliances », aurait-il déclaré. Sans se déclarer ouvertement candidat. Mme García Pérez a été chargée d'entamer des discussions avec les autres groupes politiques.

Mais l'état de santé de M. Sassoli constitue un handicap qui l'a empêché de faire campagne en coulisses ces dernières semaines. Et, dans les couloirs du Parlement, on critique sa gestion de l'organisation de la session plénière actuelle face à la recrudescence de la pandémie de Covid-19.

Le groupe Renew Europe négociera cher son soutien

Depuis mai 2019, trois groupes parlementaires sont nécessaires pour asseoir une majorité pro-européenne stable au Parlement européen. La position du groupe Renew Europe est donc incontournable pour l'élection du futur président du PE.

Nouvellement dirigée par le Français Stéphane Séjourné, la famille de centre-droit va reprendre les discussions sur la stratégie à suivre. Selon plusieurs sources consultées, elle n'envisagerait pas, à ce stade, de présenter de candidat, préférant négocier des contreparties en échange de son soutien. Mieux vaut également ne pas froisser les chrétiens-démocrates, alors que la prolongation du mandat du libéral belge Charles Michel à la tête du Conseil européen après mai 2022 est d'une importance cruciale.

Alors que la Présidence française du Conseil de l'UE démarre début janvier, M. Séjourné souhaite donner corps à une majorité pro-européenne solide en faisant barrage à l'extrême droite dans les organes de direction des commissions parlementaires. Le groupe Renew Europe pourrait aussi s'activer pour conserver la présidence de la commission de l'emploi et des affaires sociales, qu'il avait acquise en accueillant sa présidente, la Slovaque Lucia Ďuriš Nicholsonová, qui avait quitté le groupe CRE. Et ce, malgré le système D'Hondt de répartition des postes qui ne lui est pas favorable.

À la gauche de l'hémicycle européen, le groupe Verts/ALE n'adoptera pas sa ligne de conduite avant décembre. Mardi, sa coprésidente, l'Allemande Ska Keller, a souhaité voir du « changement » au sein du Parlement européen à travers un engagement en faveur d'une « meilleure représentation de la société dans les hautes fonctions ». Une candidature écologiste ne semble pas exclue, mais elle n'est pas privilégiée à ce stade au sein d'un groupe dont les voix seront quand même importantes en cas de candidature des groupes PPE et S&D.

Réélus mardi à la tête du groupe La Gauche, la Française Manon Aubry et l'Allemand Martin Schirdewan ont indiqué que le groupe de gauche radicale présenterait, la semaine prochaine, « une candidature de gauche » à la présidence du Parlement européen. (Mathieu Bion avec la rédaction)

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