Les députés des commissions ‘Affaires étrangères’ (AFET) et ‘Développement’ (DEVE) du Parlement européen ont exprimé, le 1er décembre, leurs préoccupations les plus vives face à l’embrasement du conflit brutal opposant les forces gouvernementales aux rebelles du Tigré, désormais aux portes de la capitale, Addis Abeba, avec une aggravation de la crise humanitaire, un risque d’effondrement du pays et de déstabilisation de toute la région.
Au nom de la Commission européenne, Andrea Koulaimah a souligné que, sur les 5 millions de personnes nécessitant de l’aide humanitaire au Tigré, 3,5 millions n’avaient pas d’accès suffisant à l’eau, et que sur les 330 000 personnes déplacées en Éthiopie, 150 000 l’avaient été très récemment.
Les députés se sont alarmés qu’après un an de conflit, la situation se soit nettement détériorée et que les appels répétés de l’UE à la cessation immédiate des hostilités et à l’ouverture de négociations politiques n’aient pas fait la différence. Certains d’entre eux estiment qu’il est temps pour l’UE d’adopter des sanctions contre les responsables d’atrocités, voire de crimes de guerre.
La directrice générale 'Afrique' du Service européen pour l'Action extérieure, Rita Laranjinha, a assuré que l’UE travaillait au suivi du rapport de la commission éthiopienne des droits de l’homme et du Haut Commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies, à Genève, en vue d’une possible réunion extraordinaire du Conseil des droits de l’homme.
« Une solution diplomatique semble moins réaliste aujourd’hui qu’au début du conflit », a regretté Fabio Massimo Castaldo (non-inscrit, italien), rapporteur permanent pour la Corne de l’Afrique. Selon lui, l’Union africaine doit être au premier rang pour la médiation, mais ce n’est qu’avec la communauté internationale qu’un résultat pourra être obtenu. Rappelant que le Parlement européen, en octobre, avait demandé un embargo sur les armes, il a déploré qu’en dépit de rumeurs de sanctions de l’UE, le Conseil 'Affaires étrangères', le 15 novembre, n’ait fait qu’effleurer la question (EUROPE 12833/30).
« Qui a donné le prix Nobel de la Paix à Abiy Ahmed ? En tout cas, les Éthiopiens ne veulent pas retomber sous le joug des Tigréens. Qui vend des armes ? Pourquoi l’UE n’empêche-t-elle pas ses États membres de vendre des armes des deux côtés ? », a lancé Mick Wallace (La Gauche, irlandais), estimant que, dans ce cas, on ne peut se plaindre quand il y a une crise humanitaire.
Anna Fotyga (CRE, polonaise), « lassée de ces débats où sont répétés les mêmes arguments», a demandé une réunion à huis clos « pour pouvoir discuter de la situation purement militaire, réviser nos options et obtenir un cessez-le-feu au moins temporaire pour permettre des opérations humanitaires d’urgence ».
« Le gouvernement éthiopien doit reconnaître ses erreurs et les corriger, mais le TPLF et ses alliés doivent aussi reconnaître que c’est un conflit dans lequel il n’y aura jamais de gagnant. Seule la concertation peut permettre la paix », a dit Carlos Zorrinho (S&D portugais), coprésident de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP. Il a indiqué que les eurodéputés avaient demandé à cette Assemblée de lancer un appel pour que toutes les parties impliquées garantissent la protection des civils, lèvent les obstacles à l’aide humanitaire et acceptent l’aide internationale. (Aminata Niang)