La réunion informelle des ministres européens de la Santé, qui s’est déroulée dans la soirée de mercredi 7 avril, n’aura pas permis de déboucher sur une position européenne commune vis-à-vis du vaccin AstraZeneca contre la Covid-19.
En l’absence de recommandations claires de l’Agence européenne des médicaments (EMA), plusieurs États membres ont choisi d’en limiter l’usage de manière unilatérale (EUROPE 12693/1).
Au cours de la réunion, la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, avait pourtant appelé les ministres à « parler d’une seule voix ».
« Il est essentiel que nous suivions une approche européenne coordonnée, une approche qui ne sèmera pas la confusion chez les citoyens et qui n’alimentera pas l’hésitation vaccinale, car elle sera basée sur la science », avait-elle souligné, invitant les États membres à suivre l’avis de l’EMA. Quelques heures plus tôt, l’Agence avait déclaré que les bénéfices d’une vaccination avec AstraZeneca continuaient de l’emporter sur les risques. Et ce, même si le vaccin d’AstraZeneca pouvait provoquer des thromboses dans certains cas « très rares ».
L’Organisation mondiale de la santé (OMS), quant à elle, avait embrayé en affirmant dans la foulée qu’un lien entre les deux était « plausible, mais non confirmé ».
Plusieurs États membres restreignent quand même le vaccin
Mais rien n’y a fait : les États membres ont continué à restreindre l’utilisation dudit vaccin. La Belgique l’a réservé aux plus de 55 ans pendant 4 semaines. L’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas ont rejoint l’Allemagne qui le recommande pour les plus de 60 ans. La Suède et la Finlande ne l’administrent qu’aux plus de 65 ans, tandis que son utilisation est tout simplement suspendue au Danemark.
Face à cette marche dispersée, le porte-parole de la Commission européenne, Stefan De Keersmaecker, a rappelé que la politique de vaccination était une compétence nationale. « Les États membres peuvent donc décider d’être plus stricts que ce que recommande l’EMA », a-t-il indiqué, soulignant que la commissaire avait néanmoins demandé aux États membres de nommer des experts pour travailler avec l’Agence européenne des médicaments pour développer des recommandations relatives aux différents groupes d’âge.
De son côté, le ministre belge de la Santé a regretté que l’EMA ne fournisse pas, dans son avis du 7 avril, d’analyse approfondie sur les risques d’effets secondaires par tranche d’âge, avant d’affirmer que d’autres ministres avaient porté ce message lors de la réunion informelle 'santé'.
Pas d’approche européenne sur Spoutnik V
Les États membres ne semblent pas davantage unis sur le vaccin russe Spoutnik V, qui fait actuellement l’objet d’une évaluation en continu de la part de l’Agence européenne des médicaments.
Jeudi 8 avril, l’Allemagne a fait savoir qu’elle allait engager des discussions en vue d’un éventuel achat du vaccin russe, à condition que celui-ci soit approuvé par l’EMA. La Hongrie et la Slovaquie ont déjà respectivement commandé 2 millions de doses de Spoutnik V, même si l’agence pharmaceutique slovaque SUKL a déclaré jeudi que les doses reçues différaient de celles examinées par l’EMA.
Du côté français, on estime par contre que la Russie fait de ce vaccin un outil de propagande dans le monde.
La Commission a d’ores et déjà annoncé qu’elle n’avait pas l’intention de lancer un achat groupé au nom des États membres. (Sophie Petitjean)