Au Conseil de l'Europe, les voix sont unanimes pour dénoncer la déchéance d'immunité parlementaire du député d'opposition turc Ömer Faruk Gergerlioğlu et, plus globalement, les menaces de dissolution pesant sur le Parti démocratique du peuple (HDP), accusé par Ankara de collusion avec le terrorisme.
Hier, le socialiste suédois Thomas Hammarberg et le conservateur britannique John Howell, corapporteurs de l'Assemblée parlementaire sur la procédure de suivi de la Turquie, ont dénoncé une nouvelle « atteinte aux droits parlementaires et à l'immunité » en évoquant le cas du député Gergerlioğlu, condamné à deux ans et demi de prison sur base d'une publication non violente parue sur les réseaux sociaux en 2016 et déchu de son mandat alors que sa requête devant la Cour constitutionnelle n'a pas encore été examinée. Quant aux mesures prises à l'initiative du Parti nationaliste (MHP) pour obtenir la dissolution du HDP, les deux corapporteurs y voyaient un « développement inquiétant qui s'ajoute à la répression de l'opposition politique et de la dissidence civile » en Turquie.
Un point de vue partagé par la Secrétaire générale du Conseil de l'Europe, interrogée sur la potentielle dissolution du HDP par le journal allemand Die Welt. Marija Pejčinović Burić trouve cette menace de dissolution « très problématique » et rappelle l'importance accordée par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme au « rôle primordial joué par les partis politiques dans une démocratie ».
« Rassuré » par ces prises de position et par les déclarations émanant tant du Haut Représentant de l'Union européenne, Josep Borrell, que des États-Unis, Michael Roth, le ministre allemand des Affaires étrangères, a certifié l'engagement de la Présidence allemande du Comité des ministres du Conseil de l'Europe sur ces questions. « Pour une vraie démocratie, il faut une vraie opposition », a-t-il martelé avant un débat d'urgence sur « Les développements en Turquie concernant la démocratie parlementaire », organisé par la Commission permanente de l'assemblée parlementaire.
« Nous avons affaire au scénario du pire », a déclaré le socialiste allemand Frank Schwabe en ouverture des débats. Outre le cas Gergerlioğlu, il a évoqué l'arrestation, ce matin, de Öztürk Türkdoğan, co-président de l'association des droits de l'homme en Turquie et cadre du HDP.
Michael Roth avait rappelé, pour sa part, la situation de Selahattin Demirtaş et Osman Kavala, emprisonnés respectivement depuis 2016 et 2017. La Cour européenne a exigé - sans succès - leur libération immédiate. Le Comité des ministres mettra tout en œuvre pour que ces arrêts de la Cour soient exécutés, a promis Michael Roth. (Véronique Leblanc)