Alors que la Commission européenne devrait publier, mercredi 11 novembre, son plan d’action 2021-2025 sur l’égalité de genre dans la politique extérieure de l’UE (GAP III), la coopération en la matière entre les Vingt-sept et leurs voisins méditerranéens franchit une nouvelle étape.
Du 16 au 20 novembre prochains, se tiendra en ligne la conférence Women4Mediterranean, organisée par l'Union pour la Méditerranée (UpM), en présence notamment de la commissaire européenne à l’Égalité, Helena Dalli : l’occasion de faire un point sur les avancées obtenues en matière d’égalité de genre, 25 après le lancement du processus de Barcelone (EUROPE 11440/3) et du programme d'action de Pékin contre les violences faites aux femmes.
L’occasion également pour l’UpM de lancer un nouveau mécanisme de suivi intergouvernemental visant à mesurer les progrès réalisés en matière d’égalité de genre dans les États membres de l’organisation. Soit 27 pays européens et 15 pays méditerranéens d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Europe du Sud-Est.
Une initiative saluée par l’eurodéputée Hannah Neumann (Verts/ALE, allemande), membre de la commission des affaires étrangères du PE, dans son rapport pour avis sur l’égalité des genres dans la politique étrangère et de sécurité de l’Union (EUROPE 12530/20, EUROPE 12588/25).
Mécanisme de suivi
Ce mécanisme devra permettre, selon le secrétaire général de l’UpM, Nasser Kamel, interrogé par EUROPE, « de refléter fidèlement » la situation des droits des femmes dans chaque pays et, ainsi, « de créer une norme commune établissant ce qui doit être fait pour parvenir à l’égalité de genre ».
L'outil vise, en effet, à recueillir des données nationales précises – données qui font souvent défaut en la matière – à destination des décideurs politiques, mais aussi des ONG. Ces données seront recueillies au moyen d'indicateurs.
Vingt indicateurs ont été approuvés par les États. Ils concernent : - l’accès des femmes aux postes de direction et à la prise de décision ; - la participation économique des femmes ; - la lutte contre la violence à l’égard des femmes et des filles ; - la lutte contre les stéréotypes sexistes.
Dans un premier temps, chaque État préparera son rapport d’avancement sur la base de quatre indicateurs seulement : un pour chacune des catégories énumérées précédemment.
Et ce, en raison de la capacité limitée des États à mettre en œuvre l’ensemble des indicateurs d’un coup et à fournir des informations approfondies pour chacun, explique M. Kamel, comptant cependant sur une mise en place progressive des vingt indicateurs dans les années à venir.
« Nous espérons que les pays assureront cette collecte de données et rendront compte de leurs situations. Ainsi, nous pourrons tous, collectivement, formuler des recommandations et déterminer où et dans quels domaines un soutien est nécessaire », précise-t-il, confiant.
« Bien que nous soyons loin d'avoir atteint nos objectifs en matière d’égalité de genre, tout le monde est conscient qu'il s'agit là d'un problème majeur », souligne-t-il, assurant avoir observé un « haut degré de coopération » jusqu’ici entre les différents États de l’UpM sur ce sujet, qu'il juge particulièrement « consensuel ».
Quel rôle pour l’UE ?
« Il s’agit là d'un effort collectif euro-méditerranéen et non d'un projet du Nord destiné aux pays du Sud », insiste par ailleurs M. Kamel, estimant « qu’il y a autant de problèmes dans l’UE que dans le sud de la Méditerranée ». En témoignent les récentes données de l’institut européen pour l'égalité de genre (EUROPE 12592/28) ou encore les inquiétudes exprimées au Parlement européen récemment quant aux « restrictions des droits des femmes » qui menacent en Pologne (EUROPE 12594/15).
Plus largement, concernant l’engagement de l’UE pour l’égalité hommes-femmes dans sa politique extérieure – et en l’occurrence vis-à-vis des pays méditerranéens – M. Kamel indique que « bien qu’il y ait des attentes en termes de coopération globale et de soutien entre le Nord et le Sud », lorsqu’il s’agit plus spécifiquement de la question du genre, « c’est d’abord une question d’engagement politique : c’est à nous qu’il incombe, dans nos propres pays, de donner aux femmes la place qui leur revient sur le plan politique, économique et dans les processus de décision ».
Un point sur lequel les eurodéputés ont en outre récemment démontré que les institutions européennes elles-mêmes devront aussi progresser (EUROPE 12587/7). À commencer par le Service européen pour l'action extérieure (SEAE), où 87% des postes d’encadrement supérieur sont occupés par des hommes. (Agathe Cherki)