Les Européens ont à nouveau plaidé pour un rééquilibrage en leur faveur de la relation entre l'Union européenne et la Chine, lundi 14 septembre, à l'issue d'un sommet bilatéral qui s'est tenu par visioconférence.
Selon le président du Conseil européen, Charles Michel, les discussions ont été franches sur tous les sujets d'importance - le commerce, la reprise économique post-Covid-19, le climat, les droits de l'homme - et elles auraient permis quelques avancées là où les intérêts convergent.
« Nous voulons une relation équilibrée » (...) et « nous sommes prêts à coopérer là où nous le pouvons » sur la base de principes tels que « la réciprocité » et « la responsabilité », a-t-il souligné lors d'une conférence de presse post-sommet à laquelle n'ont participé que les Européens.
En revanche, sur les questions qui fâchent, comme la crise politique à Hong Kong, l'Europe entend promouvoir ses valeurs et défendre ses intérêts, même si elle ne s'attend pas à de grandes évolutions du côté chinois.
Droits de l'homme et État de droit. Les dirigeants européens n'ont pourtant pas manqué l'occasion de rappeler leurs préoccupations concernant la situation à Hong Kong, le traitement des minorités ethniques et religieuses, la situation des défenseurs des droits de l'homme et les limitations à la liberté d'expression et à l'accès à l'information. Ils ont par ailleurs multiplié leurs demandes envers la Chine.
Ainsi, rappelant que « les voix démocratiques à Hong Kong devraient être entendues, les droits respectés et l’autonomie préservée », M. Michel a expliqué que les Européens avaient appelé la Chine à tenir ses promesses envers les Hongkongais et la communauté internationale. Ils ont aussi demandé un accès pour des observateurs indépendants dans le Xinjiang, demande à laquelle le président chinois, aurait accédé, selon la chancelière allemande, Angela Merkel, en proposant que des diplomates européens se rendent dans cette province dans laquelle des membres de la minorité ouïgoure seraient enfermés dans des camps.
Autre demande européenne : la libération de Gui Minhai, citoyen suédois arbitrairement détenu et de deux citoyens canadiens.
Et alors qu'Européens et Chinois se sont mis d'accord sur la tenue du dialogue sur les droits de l’homme d’ici la fin de l’année à Pékin, M. Michel, affirmant que l'UE ne baissait pas les yeux devant la Chine sur les droits de l'homme, a espéré qu’une visite puisse être organisée au Tibet en marge de cette rencontre.
Enfin, le président du Conseil européen a appelé Pékin à s'abstenir de toute action unilatérale en mer de Chine méridionale, à respecter le droit international et à éviter l’escalade. Plusieurs pays de la région revendiquent les mêmes îles.
Commerce. Dans le domaine du commerce, l'UE souhaite toujours parvenir à un accord équilibré sur les investissements, peut-être d'ici la fin 2020.
Mais « la Chine doit nous convaincre que cela (en) vaut la peine », a prévenu Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission européenne a évoqué un accord sur « la discipline des entreprises d'État, les transferts forcés de technologie, la transparence des subventions publiques ». Néanmoins, il reste, selon elle, « beaucoup de travail sur l'accès au marché et le développement durable ».
Mme von der Leyen a ainsi estimé que la Chine devait accroître l'accès des entreprises européennes aux secteurs numérique, des télécommunications, de la santé et des transports innovants, à la hauteur de l'accès dont bénéficient les entreprises américaines. En outre, le problème des surcapacités chinoises dans l'aluminium et l'acier reste entier.
Au nom de la Présidence allemande du Conseil de l'UE, Angela Merkel a estimé que l'UE avait « des intérêts stratégiques à protéger ». Ces exigences de règles du jeu équitables sont légitimes aujourd'hui, car la Chine n'est plus un pays en voie de développement, a-t-elle estimé.
Indications géographiques. Lundi, l'UE et la Chine ont signé un accord bilatéral visant à protéger 100 indications géographiques (IG) européennes en Chine et 100 IG chinoises dans l'Union contre les usurpations et les imitations.
Cet accord, conclu initialement en novembre 2019 (EUROPE 12364/17), devrait se traduire par des avantages commerciaux réciproques et faire découvrir aux consommateurs des deux parties des produits garantis et de qualité.
En 2019, la Chine était la troisième destination des exportations de produits agroalimentaires européens, pour un montant de 14,5 milliards d’euros. Elle est également la deuxième destination des exportations de produits de l'UE protégés par une indication géographique (9% du total en valeur), tels que les vins, les produits agroalimentaires (Feta, Prosciutto di Parma, Queso Manchego) et les boissons spiritueuses (Cava, Champagne, Irish whiskey, Münchener Bier, Ouzo, Polska Wódka, Porto).
L'accord permettra en outre aux consommateurs européens de découvrir des spécialités chinoises authentiques, parmi lesquelles le Pixan Dou Ban (pâte de haricots Pixan), le Anji Bai Cha (thé blanc Anji), le Panjin Da Mi (riz Panjin) et l'Anqiu Da Jiang (gingembre Anqiu).
Après sa signature et son approbation par le Parlement européen, l'accord sera officiellement adopté par le Conseil de l'UE pour une entrée en vigueur avant fin 2021. Dans les quatre ans suivant son entrée en vigueur, le champ d'application de l'accord s'élargira à 175 IG supplémentaires de part et d'autre. Ces dénominations devront faire l'objet de la même procédure d'approbation (évaluation et publication pour commentaires) que celle suivie pour les 100 dénominations déjà couvertes par l'accord.
Action climatique. Européens et Chinois s'affichent en alliés dans la lutte mondiale contre le changement climatique. Les dirigeant des deux parties sont convenues de mettre en place un dialogue politique de haut niveau permanent pour préparer la COP26 de Glasgow, reportée à fin 2021.
Il s’agira de vérifier les plans nationaux, a indiqué Mme Merkel. « La Chine est un partenaire mondial pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’attaquer au changement climatique. Nous avons encouragé la Chine à être plus ambitieuse», a -t-elle précisé.
À un journaliste qui demandait si l’UE avait suggéré que Pékin s’engage pour la neutralité climatique d’ici 2060 (EUROPE 12558/16), la chancelière a répondu que la question n’avait pas été abordée à ce stade. « La Chine doit d’abord clarifier les choses pour elle-même. Ce n’est pas à nous de fixer une date », a-t-elle répondu.
Cette question sera débattue dans le cadre du dialogue politique de haut niveau, en particulier la date à laquelle la Chine atteindra le pic de ses émissions, avant de commencer à les réduire.
Les deux parties ont en outre échangé sur les marchés du carbone. Le marché chinois serait le plus grand du monde. La coopération dans ce domaine est à exploiter, mais la fixation d’un prix du carbone a pris du temps en Europe, a souligné Mme Merkel.
Biodiversité. Européens et Chinois ont aussi discuté de la COP15 de la Convention sur la diversité biologique qu'accueillera la Chine (Kunming) l’an prochain. L’UE a dit son soutien à l’établissement d’un cadre mondial post-2020 ambitieux pour la biodiversité.
Covid-19. Les deux parties ont souligné la nécessité de poursuivre la lutte dans le cadre de coopération mondiale. L’UE a invité la Chine à se joindre à la Facilité COVAX et à donner à l’OMS toutes les possibilités d’investigation sur l’origine du virus.
Sur la réponse à la crise économique issue de la pandémie, la Chine a été invitée à se joindre à l’initiative d’allègement du service de la dette des pays africains.
Les deux partenaires envisagent un sommet bilatéral en présentiel quand les conditions sanitaires le permettront, a dit M. Michel. Il aura peut-être lieu à Bruxelles, a dit Mme Merkel, alors que ce sommet était initialement prévu en Allemagne.
Voir le communiqué de presse commun des dirigeants européens : https://bit.ly/35vkrhM (Aminata Niang, Camille-Cerise Gessant, Mathieu Bion, Lionel Changeur)