Un projet franco-allemand ayant vocation à devenir européen : c'est ainsi que les ministres de l'Économie Peter Altmaier (Allemagne) et Bruno Le Maire (France) ont présenté, jeudi 4 juin, leur initiative commune pour une « infrastructure de stockage et le partage des données d’entreprise », baptisée Gaia-X.
Ce projet représente un véritable « tir lunaire numérique », a commenté le ministre allemand en conférence de presse. « Nous sommes convaincus que cela sera crucial, dans la mesure où notre force économique, notre compétitivité et notre souveraineté sont en jeu », a-t-il poursuivi, dans l'espoir de voir émerger une offre alternative aux offres américaines de cloud (EUROPE 12359/25).
Une entité légale de droit belge sera créée dans les prochaines semaines et entrera en fonction en septembre. L'objectif des deux parties est de lancer les premiers services à destination des entreprises début 2021.
Une place de marché sûre et fiable
Ce 'cloud' fonctionnera comme une place de marché avec, d'un côté, un catalogue de services offerts par des prestataires qui s'engagent à respecter un certain nombre d'engagements et, de l'autre, des entreprises qui permettront d'éviter toute dépendance excessive.
Il reposera sur un certain nombre de principes tels que la réversibilité (la capacité à basculer un service de cloud d’un fournisseur à l’autre), le respect des règles de vie privée, la transparence sur un certain nombre de clauses contractuelles, l’ouverture aux acteurs, etc. En ce qui concerne l'accès aux données par des puissances étrangères, le projet Gaia-X a été conçu en tenant compte des difficultés posées par le Cloud Act (qui oblige les fournisseurs de services américains à se conformer aux ordres américains de divulgation de données - NDLR), note une source du ministère français des Finances. Selon elle, les entreprises seront informées de cette possibilité et ce sera à chacune d'entre elles de « choisir si elle prend le risque de se mettre sous le coup de la législation extraterritoriale américaine ».
Un projet à vocation européenne
En l'état, le projet rassemble un total de 22 entreprises (11 en Allemagne, 11 en France) ayant chacune investi 75 000 euros en guise de ticket d'entrée. Selon Bercy, le projet est ouvert à d'autres États membres et des contacts ont déjà été établis avec les Pays-Bas, la Finlande, l'Autriche, l'Espagne, l'Italie et la Pologne (sachant que ces trois derniers planchent déjà sur leurs propres projets de cloud nationaux).
Du côté de la Commission européenne, on se réjouit d'une telle initiative. « Nous partageons pleinement l'objectif du projet Gaia-X d'assurer la souveraineté numérique de l'Europe en construisant ensemble des infrastructures et des services cloud sécurisés et fiables », a commenté un porte-parole de l'institution. Dans sa stratégie en matière de données, la Commission a annoncé d'ailleurs son intention de publier un protocole afin d'éviter la fragmentation des initiatives nationales et/ou transnationales (EUROPE 12418/1). Elle planifie aussi de lancer un marché européen des services cloud pour les utilisateurs des secteurs privé et public d'ici le quatrième trimestre 2022. (Sophie Petitjean)