À défaut d’avancer des propositions concrètes pour une relance verte du secteur des transports, le vice-président exécutif de la Commission européenne chargé du Green Deal, Frans Timmermans, s’est dit déterminé, lundi 11 mai, à soutenir une mobilité à faibles émissions et à « ne pas rétablir une économie n’ayant aucun avenir ».
Alors qu’il s’exprimait devant la commission des transports (TRAN) du Parlement européen, M. Timmermans a en effet été interrogé à plusieurs reprises sur la pertinence d’un projet visant la neutralité carbone d'ici 2050, à l’heure où l’industrie européenne - et le secteur des transports en particulier - est à la peine.
« Un certain nombre d’orateurs ont demandé implicitement si nous pouvions encore nous payer le luxe du Green Deal, s’il ne fallait pas plutôt donner la priorité aux emplois et reporter le Green Deal à plus tard », a résumé le commissaire, faisant notamment allusion à l’intervention, au nom du PPE, du député roumain Marian Marinescu.
« La transition du transport vers une économie à faibles émissions se fera par l’intermédiaire de normes européennes, mais il est également important que cela soit réaliste », s’est également inquiété José Ramón Bauzá Díaz (Renew Europe, espagnol), estimant que tendre vers un modèle durable ne se ferait pas sans une base économique solide.
« Faire les bons choix »
« Il n’y a pas de contradiction entre la nécessaire relance économique et le respect du Pacte vert », a indiqué Frans Timmermans en guise de réponse, assurant que dépenser de l’argent dans des secteurs de l’économie qui se révèleront bientôt obsolètes – « l’économie vieillotte et désuète du XXe siècle », selon ses termes – reviendrait à jeter de l’argent par les fenêtres.
Une position soutenue par le S&D, dont la coordinatrice, Vera Tax (néerlandaise), a souligné que la pollution atmosphérique était chaque année la cause de 400 000 décès et qu’il n’était pas question d’« abuser » de la crise économique en cours « pour polluer la planète ».
Frans Timmermans a appelé les députés à « faire les bons choix », donc à opter pour une relance du secteur qui fasse la part belle à l’écologie et à la numérisation et qui respecte les objectifs fixés en termes d’émissions. « La Commission présentera en septembre son évaluation et nous verrons si nous visons les moins 50% ou moins 55% d’ici 2030 », a rappelé le commissaire (EUROPE 12458/29).
Le plan de relance, a-t-il assuré, devra donc mettre l’accent sur la mobilité douce, notamment dans les villes, permettre la construction de davantage de stations de recharge électrique dans l’UE ou encore augmenter le recours aux trains pour le transport de marchandises. Le tout en « préservant l’emploi et en en créant de nouveaux ».
Le soutien au 'paquet mobilité' réaffirmé
La question de l’adoption du 'paquet mobilité s’est, en outre, une fois de plus invitée dans le débat (EUROPE 12477/18).
Kosma Złotowski (CRE, polonais) a interpellé le commissaire sur la disposition prévoyant le retour du véhicule toutes les huit semaines dans le pays d’établissement, estimant que cela irait à l’encontre de toute ambition climatique.
Frans Timmermans a indiqué que la Commission soutenait « fermement » le 'paquet mobilité'. « C’est un élément important, un engagement à long terme pour garantir, entre autres, la durabilité sociale du secteur. Mais l’évaluation d’impact est en cours, puisqu’en effet il y a de nombreux camions vides qui circulent dans l’UE, nous le savons », a-t-il convenu.
Ce à quoi la présidente de la commission TRAN, Karima Delli (Verts/ALE, française), a répondu qu'en étant bien organisé, « le retour des camions ne se ferait pas à vide ». (Agathe Cherki)