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Bulletin Quotidien Europe N° 12440
POLITIQUES SECTORIELLES / SantÉ

Les eurodéputés épinglent le risque de pénurie de médicaments dû au coronavirus

*** papier actualisé vendredi 6 mars à 10h00 ***

Les députés européens s'inquiètent du risque de pénurie de médicaments dans le contexte de l'épidémie de coronavirus. C'est ce qui ressort d'un débat organisé en urgence jeudi 5 mars en commission de l'environnement et de la santé publique (ENVI), auquel ont également participé des représentants de la Commission européenne et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

Cet échange de vues s'est tenu deux jours après que l'Inde, l'un des plus grands producteurs et exportateurs mondiaux de médicaments, a annoncé son intention de limiter l'exportation de 26 ingrédients pharmaceutiques afin de privilégier son marché domestique. Cette restriction concerne notamment le paracétamol, les antibiotiques tels que le tinidazole et l'érythromycine, l'hormone progestérone qui est utilisée dans la pilule contraceptive et les vitamines B12, B1 et B6. 

Contraction du marché 

En commission de l'environnement et de la santé publique, les eurodéputés ont donc tout particulièrement interrogé la Commission et l'ECDC sur le risque que cette décision ait un impact sur l'Europe. « Avons-nous un plan B ? », a demandé Nicolae Ștefănuță (Renew Europe, roumain). « Y a-t-il un risque pour les pharmacies, un risque d'interruption de la chaîne de distribution, voire un risque d'abus de position dominante ? », a poursuivi Joanna Kopcińska (CRE, polonaise). En guise de réponse, la Commission a reconnu que le marché s'était contracté avec la crise sanitaire. « Il y a des pénuries sur le marché ; donc, on aura des difficultés à répondre aux besoins des États membres », a déclaré John Ryan, de la DG Santé. Il a toutefois ajouté que la Commission travaillait actuellement de concert avec les États membres et l'industrie pharmaceutique pour identifier de potentiels problèmes en matière d'approvisionnement. Il a aussi rappelé que la Commission avait lancé une procédure d'achat en commun de contre-mesures médicales et que celle-ci suivait actuellement son cours (EUROPE 12437/1). Selon des fonctionnaires cités par Reuters, les produits achetés risquent toutefois de ne pas être mis à disposition avant le mois d'avril.

La réponse de l'UE en question

Le député roumain Tudor Ciuhodaru (S&D), pour sa part, a largement insisté sur le fait que tous les systèmes de santé n'étaient pas égaux et qu'une réponse européenne coordonnée était urgente. 

Pour Javi López (S&D, espagnol), cette réponse est venue trop tard. « Soit on est coordonné, avec la Commission européenne comme chef d'orchestre, soit on ne fait rien », a-t-il déclaré. Alors que Daniela Rondinelli (non-inscrits, italienne) réclamait un protocole commun, l'ECDC lui a répondu que ce type de mesure était déjà en place pour la surveillance depuis fin janvier. L'agence de l'UE, qui consacre un quart de son personnel au coronavirus, a d'ailleurs invité tous les États membres à revoir au plus vite leurs plans de préparation « et à évaluer leur capacité en termes de lits et de personnel soignant ainsi qu'à durcir les mesures de prévention et de contrôle dans le secteur médical ». 

L'ECDC a d'ailleurs profité de cet échange de vues pour déconstruire un certain nombre d'idées reçues. Par exemple, elle a indiqué n'avoir aucune preuve, à ce stade, que des personnes asymptomatiques peuvent être contagieuses. « Les personnes avec de faibles symptômes, oui. Mais asymptomatiques, nous n'en avons pas connaissance », a déclaré la directrice de l'ECDC, Andrea Ammon. 

La plénière du Parlement relocalisée à Bruxelles

L'ECDC et la Commission vont également intervenir, aux côtés de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l'Agence européenne des médicaments (EMA), lors du Conseil extraordinaire 'Santé' qui doit se dérouler à Bruxelles le 6 mars.

Du côté du Parlement, les échanges vont se poursuivre. Une réunion à huis clos est d'ailleurs prévue le 12 mars entre les coordinateurs des groupes politiques et la commissaire Stella Kyriakides à ce sujet. Enfin, notons également que la Conférence des présidents a décidé de maintenir à Strasbourg la session plénière du Parlement européen du 9 au 12 mars.

Une décision vue d'un mauvais œil par le coordinateur PPE, Pieter Liese (allemand), qui craint que quelqu'un soit testé positif au virus et soit obligé de rester en quarantaine à Strasbourg. L'Espagnol Javi López (S&D) n'a pas davantage soutenu le choix des présidents, estimant que c'était un « risque qu'on ne peut pas prendre ».

Jeudi soir, le président du Parlement européen, David Sassoli, a finalement décidé que la session plénière aura lieu à Bruxelles sur la base d'un report du service médical du Parlement sur l'évolution du COVID-19. (Sophie Petitjean)

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