Le Haut Représentant de l’UE sur les Affaires étrangères et la Politique de sécurité n’a pas mâché ses mots, mardi 14 janvier dans la soirée, lors d'un débat au Parlement européen, quant à la position de l’UE concernant la crise en Libye.
Ainsi, il a estimé que la conférence de Berlin - annoncée pour le 19 janvier et à laquelle il participera - si elle aboutit à un accord, permettra de « tester la volonté politique de l’UE, qui doit être plus impliquée sur le dossier libyen ».
M. Borrell a annoncé qu’il comptait présenter, lundi 20, lors du Conseil 'Affaires étrangères', des propositions « pour que les Européens soient plus impliqués » dans le suivi du cessez-le-feu et dans le contrôle de l’embargo sur les armes. Selon l’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, en 2019, une douzaine de pays ont violé cet embargo.
« Nous, Européens, puisque nous ne voulons pas participer à une solution militaire, nous nous barricadons en croyant qu'il n'y a pas de solution militaire. Mais c'est quelque chose qui pourrait très bien arriver », a-t-il aussi mis en garde. Et d’ajouter : « Nous devons nous engager fermement, maintenir l'unité de la Libye et trouver une solution pacifique à ce conflit ».
Si son prédécesseur, Federica Mogherini, se refusait à parler de division sur le dossier libyen, M. Borrell a regretté que, par le passé, « on n’(ait) pas été uni ». « Aujourd’hui, peut-être qu’on paie le prix de n'avoir pas pu présenter une approche politique partagée par tous les États membres », a-t-il ajouté.
Et si, selon lui, il y a six mois, l’UE était « plus ou moins active, mais seule » sur la question libyenne, aujourd’hui, il y a sur le terrain deux grands acteurs militaires : la Russie et la Turquie. « Personne ne sera très heureux si, sur la côte libyenne, il y a un anneau de bases militaires des marines russe et turque devant la côte italienne », a-t-il affirmé.
M. Borrell a aussi estimé que la Libye était « une sorte de cancer qui a des métastases au Sahel », avec des armes et des combattants qui se répandent dans la région.
Lors du débat, les eurodéputés ont apporté leur soutien au cessez-le-feu, toujours en cours de négociation, et à la conférence de Berlin. Mercredi, le président de la délégation du PE pour les relations avec les pays du Maghreb, Andrea Cozzolino (S&D, italien), a appelé à l’envoi « dès que possible » d’une mission de l’UE sur place, et en pleine concertation avec M. Salamé « afin de favoriser la paix et le dialogue ».
Le même jour, M. Salamé a espéré avoir un « minimum de consensus international sur la voie à suivre » pour avancer vers la paix lors de la conférence de Berlin. (Camille-Cerise Gessant)