La Cour des comptes européenne n’est pas satisfaite des politiques de l’UE contre la résistance antimicrobienne. Et elle l’a fait savoir dans un rapport publié le 15 novembre, soit trois jours avant la journée européenne de sensibilisation à ce fléau et de la semaine qui y est dédiée par l’Organisation mondiale de la Santé (voir carte blanche).
Dans leur rapport, les auditeurs reconnaissent que, si certains progrès ont été enregistrés en médecine vétérinaire, il n’en va pas de même en ce qui concerne la santé humaine. Ils appellent à plus de suivi dans ce domaine, ainsi qu’au niveau de l’utilisation des fonds européens.
« La Commission européenne doit, de concert avec les États membres, intensifier ses efforts pour endiguer cette menace croissante », a commenté Nikolaos Milionis, le Membre de la Cour des comptes européenne responsable du rapport, rappelant qu’environ 33 000 personnes décèdent chaque année dans l'UE des suites d'infections liées à des bactéries résistantes aux médicaments.
La résistance aux antimicrobiens (RAM) englobe le phénomène selon lequel des microbes, comme des bactéries, des virus, des parasites et des champignons, développent une résistance à des médicaments qui offraient jusqu'alors un traitement efficace.
En 2017, l’UE s’est dotée d’un plan d'action européen fondé sur le principe 'Une seule santé', qui prévoit des actions dans les domaines de la santé humaine, de la santé animale et de l'environnement (EUROPE 11819/9). L’année suivante, elle a introduit de nouvelles règles sur les produits vétérinaires et les aliments médicamenteux pour animaux qui, de l’avis des auditeurs, ont remédié à certaines faiblesses connues (EUROPE 12125/6).
Le manque d’incitations commerciales inquiète
Toutefois, les auditeurs identifient encore une large marge d’amélioration, en particulier dans les domaines de la santé humaine et de la recherche.
Sur le premier, la Cour appelle la Commission à utiliser des indicateurs de résultat pour aider les États membres à mesurer leurs progrès dans la lutte contre la RAM. Elle lui suggère également d’intégrer cette question dans sa nouvelle approche concernant les produits pharmaceutiques dans l'environnement.
Sur le second, elle déplore que la recherche de nouvelles classes d'antimicrobiens n'ait connu aucune avancée majeure ces dernières années, malgré un soutien relativement important (depuis 2004, l'UE a injecté plus de 1,5 milliard d'euros dans la recherche liée à la RAM). Les auditeurs s’inquiètent en particulier qu’aucune initiative concrète de l'UE ne soit parvenue à combler le manque d'incitations commerciales, qui décourage le secteur privé d'investir dans la recherche sur la lutte contre la RAM.
« Nous ne recommandons pas que la Commission mette un million d’euros sur la table pour financer de nouveaux médicaments, mais il faut des incitants », a laissé entendre un membre de l’équipe.
Le rapport, lui, fait allusion à des récompenses à la mise sur le marché et des modèles d'approvisionnement permanent sur le long terme.
D’importantes différences
Enfin, si le tableau est moins noir pour la santé animale, dans la mesure où les ventes d'antimicrobiens à usage vétérinaire ont reculé de 20% entre 2011 et 2016, les auditeurs constatent d’importantes différences entre les États membres.
Dans six d'entre eux, les ventes d'antimicrobiens ont augmenté de plus de 5%, constatent-ils. Pour eux, la future politique agricole commune offre l'occasion de renforcer encore le cadre institué par l'UE pour lutter contre les bactéries multirésistantes.
Voir le rapport de la Cour des comptes européenne : http://bit.ly/35e9cqB (Sophie Petitjean)