Le président de l'Eurogroupe, Mário Centeno, a évoqué « un consensus émergent » entre les ministres des Finances des pays de la zone euro concernant la nécessité, en période de ralentissement économique après six années consécutives de croissance, de « ne pas faire à nouveau les mêmes erreurs ».
« Nous ne devrions pas revenir à l'austérité qui rend la situation encore pire », a-t-il estimé, lundi 18 novembre, lors d'un dialogue économique avec la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
Il a préconisé une action budgétaire « préventive » et « différenciée » selon les États membres, voire même, là où c'est possible, des politiques budgétaires « plus accommodantes » pour soutenir la croissance et investir davantage dans la recherche et le développement et dans les infrastructures durables.
C'est le message adressé à des pays comme l'Allemagne, qui dispose des marges budgétaires pour soutenir l'activité économique.
Le président de l'Eurogroupe a fait le point sur les travaux en cours visant à approfondir l'Union économique et monétaire, tels que la création, à partir de 2021, d'une capacité budgétaire (BICC) pour la zone euro et la réforme du Mécanisme européen de stabilité (MES), chantiers qui devraient aboutir à des décisions lors du sommet de l'Eurozone de décembre (EUROPE 12366/6).
Jonás Fernández (S&D, espagnol) s'est interrogé sur la nécessité d'élaborer un accord intergouvernemental (IGA) destiné à doter davantage le futur budget pour la zone euro. Cet accord permettra de fixer la taille globale du budget, mais n'empêchera pas que soit exercé un contrôle démocratique sur la manière dont les fonds seront dépensés, a indiqué le ministre portugais.
José Gusmão (GUE/NGL, portugais) a critiqué l'affaiblissement à venir de la politique européenne de cohésion sans que le BICC soit en mesure de compenser cette perte. Mais, selon M. Centeno, faisant référence à des déclarations de l'ancien président de la BCE, Mario Draghi, un budget n'a jamais été créé au départ pour assumer une fonction de stabilisation.
La capacité budgétaire pour la zone euro aura pour objectif de « promouvoir la compétitivité et la convergence de nos économies » et de « répondre aux priorités identifiées dans les recommandations pays par pays » de la Commission européenne, a-t-il rappelé.
À Derk Jan Eppink (CRE, néerlandais), qui craint une « Union de transferts » permanents où « ce sont toujours les mêmes qui doivent payer et toujours les mêmes qui reçoivent », M. Centeno a répondu que l'approfondissement de l'Union économique et monétaire vise à accroître la cohésion au sein de la zone euro par une intégration qui sied à tous les États membres. Et notamment, dans un environnement monétaire aux taux d'intérêt très bas, à inciter l'épargne privée colossale générée - il a évoqué des milliards de milliards d'euros - à être réinvestie dans l'économie de manière sûre.
Sur le déblocage espéré des travaux au niveau politique menant à la mise sur pied d'un système européen de réassurance des garanties des dépôts (EDIS), le ministre portugais s'est contenté de noter un changement de l'attitude autour de la taille ministérielle. Nous sommes plus proches d'une nouvelle « feuille de route », a-t-il dit.
BCE. Plusieurs députés, parmi lesquels Luis Garicano (Renew Europe, espagnol), Sven Giegold (Verts/ALE, allemand) et Luisa Porritt (Renew Europe, britannique), ont critiqué le fort déséquilibre dans la composition du directoire de la BCE, où seule la présidente, Christine Lagarde, est une femme. Celle-ci devrait être rejointe par l'Allemande Isabel Schnabel début 2020.
Je comprends « totalement » les préoccupations du Parlement européen relatives au déséquilibre hommes/femmes dans l'attribution des hautes fonctions européennes, a indiqué M. Centeno, prêt à soulever la question à chaque nouvelle procédure de nomination de la compétence de l'Eurogroupe. Mais, à la requête du PE qu'à chaque procédure les noms de deux candidats - un homme et une femme - soient avancés, il a mis en garde contre toute « improvisation ». (Mathieu Bion)