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Bulletin Quotidien Europe N° 12371
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CARTE BLANCHE / SantÉ

Super-microbes - MM. Vytenis Andriukaitis et Kato Katsunobu lancent un « dernier appel à l’action »

 

Vytenis Andriukaitis est commissaire européen chargé de la Santé et de la Sécurité alimentaire. Kato Katsunobu est le ministre japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales :

 

Selon Virginia Woolf, « l’automne est la saison de l’âme ». Elle avait raison : l’automne apporte avec lui les belles couleurs changeantes que nous contemplons avec émerveillement. De même, de manière toutefois bien moins romantique, l’automne apporte aussi des bactéries et des virus qui, non seulement se répandent rapidement, mais sont également extrêmement contagieux.

« Qui se soucie d’un banal rhume ? », penserez-vous sans doute, « un petit microbe ne nous tuera pas ». Attention, vous devrez peut-être revoir vos conceptions, certains de ces microbes ayant d’ores et déjà acquis des super-pouvoirs : nos armes – les antibiotiques – sont de plus en plus nombreuses à devenir inutiles en raison de la progression des bactéries résistantes aux antimicrobiens, dites « super-microbes ».

Chaque année dans le monde, 700 000 décès peuvent être attribués à des infections résultant de la résistance aux antimicrobiens, soit autant que pour d’autres maladies infectieuses constituant des menaces mondiales. Ce sont souvent les plus faibles qui en souffrent le plus : les nouveau-nés, les très jeunes enfants et les personnes âgées. C’est pourquoi, dans des sociétés qui se flattent de prendre soin des plus vulnérables, telles que celles de l’UE et du Japon, nous ne pouvons sous-estimer la question de la résistance aux antimicrobiens. Ce combat est désormais plus qu’urgent et n’a que trop tardé.

Les engagements que nous avons pris lors de la réunion des ministres de la Santé du G20 à Okayama doivent être honorés. Nous savons que la résistance aux antimicrobiens est un problème aux aspects multiples, que les ministres de la Santé ne pourront jamais résoudre seuls. Il convient de prendre des mesures selon l’approche dite « Une seule santé », c’est à dire dans les domaines de la santé humaine et animale, ainsi qu’en matière d’environnement.

Au Japon, un plan d’action national a été lancé en 2016 et nous avons déjà pu constater l’incidence positive d’une approche multisectorielle. Le Japon a réussi à réduire l’utilisation d’antimicrobiens chez l’homme d’environ 11% en 2018 par rapport à 2013, grâce à plusieurs mesures, notamment en publiant une recommandation relative à l’usage prudent des antimicrobiens et en incitant les pédiatres à en éviter la prescription inutile. Nous avons en outre introduit dans plusieurs pays asiatiques un système de surveillance visant à faciliter la détection précoce d’infections nosocomiales liées à la résistance aux antimicrobiens.

Au niveau de l’UE, notre plan de lutte contre la résistance aux antimicrobiens, fondé sur le concept « Une seule santé », produit déjà des résultats et constitue un cadre d’action pour limiter l’émergence et la diffusion de la résistance aux antimicrobiens (EUROPE 11819/9). En outre, la nouvelle législation de l’UE en matière de médicaments vétérinaires et d’aliments médicamenteux pour animaux propose des mesures plus strictes pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens (EUROPE 12125/6). Par ailleurs, des lignes directrices de l’UE, adoptées en 2017, garantissent une utilisation prudente des antimicrobiens en médecine humaine, de manière analogue à celles adoptées pour la médecine vétérinaire en 2015.

Pour venir à bout de la résistance aux antimicrobiens, une condition préalable simple s'impose : nous ne devons avoir recours aux antibiotiques que lorsque cela est nécessaire. C’est là que les vaccins, l’amélioration du diagnostic ou les thérapies de substitution peuvent être utiles. Lorsque nous vaccinons, nous réduisons les risques de contracter des infections et de devoir recourir aux antibiotiques. Aujourd’hui, nous unissons nos forces parce que la résistance aux antimicrobiens est un problème mondial. Les microbes ne connaissent pas de frontières et n’ont pas besoin de visas. Nous encourageons le renforcement des cadres internationaux. Les conséquences de l’inaction en matière de résistance aux antimicrobiens pourraient être dévastatrices pour notre monde, avec 10 millions de décès par an et une perte de 100 000 milliards d’euros pour l’économie mondiale d’ici à 2050. La promotion de partenariats mondiaux tels que le partenariat entre le Japon et l’UE revêtira donc une importance toujours croissante pour sauvegarder notre futur.

Alors que nous célébrons la Semaine mondiale 2019 pour un bon usage des antibiotiques, l’UE et le Japon réaffirment leur détermination à mettre tout en œuvre pour faire reculer la résistance aux antimicrobiens et doter les générations futures des moyens de se protéger contre les infections causées par des super-microbes impossibles à soigner.

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