Malgré l’accord intervenu le 17 octobre entre l’Union européenne et le gouvernement britannique sur une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l’UE, le risque d’une sortie désordonnée « existe toujours » tant que cet accord ne sera pas ratifié, a prévenu, mercredi 30 octobre, le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, devant les membres du Comité économique et social européen (CESE).
Il s'exprimait au lendemain de la décision des députés britanniques de convoquer des élections législatives le 12 décembre prochain.
Un autre scénario de 'no deal' est par ailleurs encore possible à la fin de la période de transition, programmée, en cas de ratification, pour durer jusqu’à la fin 2020, a également mis en garde le négociateur. Sans une entente sur le futur accord de libre-échange et sans renouvellement de la période de transition, c’est en effet un scénario similaire de sortie brutale sans accord qui se produirait pour les entreprises (l’accord de retrait protégera dans ce cas précis les citoyens et l’Irlande du Nord sera elle aussi couverte par son protocole spécial).
Selon Michel Barnier, il convient donc de continuer à se préparer à tous les scénarios, a-t-il dit aux représentants de la société civile et du monde économique des États membres ; cela, d’autant plus que subsistent d’importantes différences entre les États membres en termes de préparation ainsi qu’entre grandes entreprises mieux préparées et PME.
L’autre message passé mercredi par le négociateur est que la négociation de la future relation avec le Royaume-Uni sera « difficile et exigeante ». Mais elle devra aussi se faire, à première vue, dans un délai « exceptionnellement court » de 11 mois, si le pays ne demandait pas de renouvellement de la période de transition.
Sur le contenu de cette relation, le Royaume-Uni ne pourra en tout cas que prétendre à un accord de libre-échange à la hauteur de ses engagements sur le 'level playing field', a répété Michel Barnier. L’UE sera très vigilante sur l’attitude de Londres en matière de règles sur les aides d’État, par exemple, ou de concurrence, le négociateur ajoutant que, si Boris Johnson a raison de vouloir un accord de libre change « zéro tarif, zéro quota », il faut y ajouter « zéro dumping ».
Le « niveau d'ambition de notre accord de libre-échange sera proportionnel à la qualité des règles du jeu entre nous », a répété le Français, pour qui « l’été 2020 sera un premier moment de vérité », a dit celui qui sera chargé de lancer cette future relation. Pour le reste, Michel Barnier a redit son regret de voir partir le Royaume-Uni, tout comme son admiration pour ce grand pays et ses grandes figures politiques ou intellectuelles qui ont marqué l’Histoire. Le négociateur s’est dit convaincu que les deux blocs resteront soudés. Comme l’a encore montré le drame des 39 migrants retrouvés morts dans un camion dans l’Essex, la coopération policière entre les deux parties restera nécessaire, a-t-il encore déclaré. (Solenn Paulic)