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Bulletin Quotidien Europe N° 12339
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN / Migration

Ylva Johansson ne s'attend pas à des propositions concrètes dans les 100 jours pour sortir de l'impasse la réforme du système d'asile de l'UE

Retirer des propositions du paquet 'asile', présenté en 2016, n’est clairement « pas une solution », mais ce n’est qu’après une discussion avec les États membres sur la façon de débloquer la réforme du système européen d’asile que des décisions pourront être prises. C’est avec cette prudence et sans propositions concrètes que la commissaire désignée aux Affaires intérieures, la sociale-démocrate suédoise Ylva Johansson, ex-ministre du Travail, a répondu aux questions que lui a posées, mardi 1er octobre, la commission des libertés civiles du Parlement sur ce paquet législatif controversé.

N’ayant visiblement pas peur de décevoir les députés, elle a répété plusieurs fois ne pas être en mesure - à ce stade - de proposer des pistes concrètes pour sortir de l'impasse, ni de « faire des promesses » sur le nouveau Pacte pour la migration et l'asile que la Commission 'von der Leyen' entend proposer une fois entrée en fonction.

« Non, je ne pense pas qu'il y aura de propositions concrètes dans les 100 jours », a-t-elle même répondu à Lena Dupont (PPE, allemande), qui lui demandait ce qu’elle comptait faire dans les premiers jours de son mandat.

« Il n'y aurait pas de femme plus heureuse si je pouvais débloquer [la réforme du règlement dit de] Dublin d’un coup de baguette magique. Mais ce n’est pas si simple. Si ça l’était, ce serait déjà fait depuis longtemps », a-t-elle encore répondu à Damien Carême (Verts/ALE, français).

La commissaire désignée a confirmé qu’elle ne souhaitait pas « tout reprendre de zéro » et a dit espérer qu’« on pourra partir de ce qu’a fait le Parlement européen ». Mais, a-t-elle rappelé au début de son intervention, « ces questions nous divisent ». Il y a un « besoin urgent de trouver des solutions, je vais écouter, trouver des dénominateurs communs », a-t-elle promis.

Mme Johansson a d'ailleurs insisté sur le fait que la solidarité en matière migratoire « ne peut pas être volontaire ». « Nous devons nous entraider, il y a des manières très concrètes de le faire », a-t-elle considéré, sans toutefois spécifier si elle parlait de répartition obligatoire des migrants entre les États membres. Cette question figure au cœur du problème sur la révision du règlement dit de Dublin.

Dans son propos introductif, la candidate à la succession de Dimitris Avramopoulos avait en tout cas bien spécifié qu’elle ne considérait pas la migration comme « une menace à la sécurité » de l’Union européenne, alors qu’elle travaillera avec son homologue Margaritis Schinas, chargé de piloter le controversé portefeuille consacré à la protection du mode de vie européen.

Tout en soutenant l'intitulé du portefeuille de M. Schinas, Mme Johansson a insisté à la fois sur le développement des couloirs humanitaires vers l’UE afin d'éviter que les gens ne risquent leur vie en mer et sur le renforcement des capacités de réinstallation de réfugiés vers l’UE, un domaine où l’Union peut encore faire davantage.

La candidate a aussi insisté sur le rôle des ONG dans le sauvetage en mer des migrants et a indiqué qu’elle travaillerait à mettre en place une approche permanente pour les opérations de secours et de sauvetages, là encore, sans entrer dans les détails.

Sur la migration économique, Mme Johansson a répété à de nombreuses reprises que l’Europe aurait besoin de main d’œuvre et que les canaux de migration légale de travail devaient être développés en faisant appel à des « travailleurs qualifiés ».

Former les garde-côtes libyens au respect des droits fondamentaux

Interrogée sur la situation en Libye, la Suédoise a estimé que la coopération ne devait surtout pas être arrêtée avec les garde-côtes libyens. Il faut, au contraire, continuer à former ces derniers à l’apprentissage des droits fondamentaux, a estimé la candidate.

Parmi ses priorités, la Suédoise a aussi indiqué qu’elle travaillerait à une politique des retours plus efficace, politique qui doit aller de pair avec la révision du régime d’asile. Les personnes ne pouvant prétendre légitimement à la protection devront repartir et les « accords de réadmission » avec les pays tiers seront renforcés, voire multipliés, a-t-elle répondu, notamment au groupe PPE, qui s’inquiétait de savoir ce qu’elle ferait en matière d’immigration irrégulière.

Si la question de la migration et de l’asile a dominé l’audition, la sociale-démocrate suédoise s’est aussi engagée à rétablir le fonctionnement de l’Espace Schengen de libre circulation des personnes. Elle discutera avec les États membres qui procèdent actuellement à des contrôles temporaires aux frontières intérieures.

Mme Johansson s’est aussi dite en faveur d’une nouvelle stratégie pour la lutte contre la traite des êtres humains, notant que 50% des victimes de traite en Europe sont des ressortissantes des États membres.

À l’issue de son audition, le président de la commission parlementaire, l’Espagnol Juan Fernando Lopez (S&D) a estimé que la Suédoise avait fait preuve de son expérience politique et avait donné des signes de « sa bonne composition ».

Mais le groupe PPE n’a pas été convaincu et a jugé que sa prestation avait manqué de détails. S'il a apprécié que la commissaire désignée soutienne le concept de protection du mode de vie européen, il faudra encore la questionner sur d’autres sujets, par exemple sur les menaces terroristes, Europol, le rétablissement de Schengen, a déclaré la Maltaise Roberta Metsola, à la sortie de cet exercice.

Les coordinateurs de la commission devaient se réunir à partir de 19h, mardi, pour évaluer cette prestation. (Solenn Paulic)

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