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Bulletin Quotidien Europe N° 12311
ACTION EXTÉRIEURE / G7

Un sommet de Biarritz sous tension

La 45e édition du sommet du G7, qui se tient à Biarritz du samedi 24 au lundi 26 août, s’annonce particulièrement tendue, tant les dossiers qui opposent les sept grandes puissances industrialisées (Allemagne, Canada, France, États-Unis, Italie, Japon et Royaume-Uni), ou plus précisément le président américain Donald Trump et ses partenaires, sont nombreux : l’Iran, les relations commerciales, la taxation des géants du numérique, ou encore le changement climatique.

Pour la première fois, les chefs d’État ou de gouvernements vont débuter le sommet sans avoir en main une version provisoire d’un communiqué élaborée par les ‘sherpas’, selon un haut fonctionnaire européen.

À la place, les leaders adopteront une série de déclarations thématiques. Toutefois, la possibilité que les Sept agréent un communiqué commun n’est pas exclue, a-t-on précisé jeudi 22 août.

Cette approche inédite est assumée par la présidence française, Emmanuel Macron souhaitant ainsi éviter la déconvenue diplomatique du sommet de Charlevoix, où M. Trump avait rejeté a posteriori le communiqué final (EUROPE 12038A15).

Autre événement inédit : le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, n'assistera pas au sommet pour raison de santé (EUROPE 12310/26). L’Union européenne sera donc représentée par le président du Conseil européen, Donald Tusk.

L’épineuse question iranienne

C'est dans ce contexte atypique que les dirigeants débuteront leur sommet, samedi, avec un dîner informel consacré à la politique étrangère et de sécurité. Le principal sujet de discussion sera l’Iran, point d’achoppement entre les États-Unis et les autres membres du G7. La discussion devrait porter sur les tensions dans le détroit d’Ormuz, mais aussi sur l’accord sur le nucléaire iranien, que les États-Unis ont quitté, alors que l’Iran a dépassé les limites d’uranium autorisées.

« La question de l’Iran divise le G7, mais il y a un énorme paradoxe. Je suis convaincu que les États-Unis, l’E3, l’UE, mais aussi le Canada et le Japon ont le même objectif. Ils ne veulent pas que l’Iran devienne une puissance nucléaire et ils sont tous préoccupés par le rôle non constructif de l’Iran dans la région ». Ce sont les moyens utilisés pour y parvenir qui ne sont pas les mêmes, a résumé un haut fonctionnaire européen, pour qui les tensions sur le terrain ou entre les États-Unis et l’Iran sont contreproductives. Ce vendredi, le président français rencontrera le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif.

Les membres du G7 devraient également discuter de l’Ukraine, quelques jours après la rencontre entre le président français et le président russe, Vladimir Poutine, à l’issue de laquelle M. Macron a plaidé pour l’organisation « dans les prochaines semaines » d’un sommet en format 'Normandie', avec la Chancelière allemande, Angela Merkel, et le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Selon un haut fonctionnaire européen, il était également prévu que M. Tusk s’entretienne avec M. Zelensky en amont du sommet du G7. L’Ukraine est un sujet important pour le G7, car c’est en raison de l’annexion illégale de la Crimée par la Russie que celle-ci a été exclue du G8 en 2014.

Alors que le président américain s’est positionné, le 21 août, pour un retour de la Russie dans le club, le haut fonctionnaire européen a précisé qu’un tel retour ne se ferait pas sans condition. « L'UE reste fermement convaincue que les raisons de l'exclusion de la Russie en 2014 (…) sont toujours valables aujourd'hui », a-t-il expliqué. « La réinvitation inconditionnelle de la Russie dans le cadre des réunions du G7 sera contreproductive, un signe de faiblesse », a ajouté le diplomate, estimant qu’il y avait d’autres formats pour rencontrer les dirigeants qui ne partagent pas les valeurs de l’UE en termes de respect d’État de droit, comme le G20.

La Libye, la Syrie, le Moyen-Orient, la Corée du Nord et le Venezuela devraient être également abordés par les dirigeants du G7.

Économie globale, fiscalité internationale et les GAFA

Le dimanche matin, les leaders se retrouveront pour prendre le pouls de la situation économique internationale.

Les discussions pourraient être houleuses en raison des tensions commerciales continues entre les États-Unis et la Chine. Mais aussi, dans une moindre mesure, entre Washington et l’Union européenne, en particulier la France, qui a adopté sa « taxe GAFA » visant entre autres les géants du numérique américains.

Ainsi, à l’invitation de la France, les dirigeants se pencheront sur la réforme de la fiscalité internationale. L’objectif : acter un accord au G7 afin d’ouvrir la voie à un accord global à l’échelle de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) d’ici la fin de l’année 2020 (EUROPE 12272/3).

Un consensus avait déjà été obtenu lors du G7 ‘Finances’, qui s’est tenu à Chantilly mi-juillet (EUROPE 12299/10). Les ministres des Finances - y compris le Secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin - avaient marqué un accord de principe sur les deux piliers de la réforme (EUROPE 12298/7). Reste à savoir si le Président américain, Donald Trump, suivra l'avis du Secrétaire américain au Trésor.

Ce sujet constitue donc une « tension potentielle », a reconnu, jeudi, ce fonctionnaire européen à Bruxelles.

Du point de vue de l’UE, l’objectif reste de parvenir à une solution internationale, mais elle n’hésitera pas à reprendre les travaux sur sa proposition de taxe européenne sur les services numériques (EUROPE 12212/6) en cas d’absence de progrès.

OMC en question. Dimanche matin, les leaders feront suite aux engagements du G20 d’Osaka en vue de moderniser l’Organisation mondiale du commerce (OMC) (EUROPE 12285/8), notamment sur le règlement des différends.

Ici, la position de l’UE sera de « défendre » le multilatéralisme face à ses détracteurs, parmi lesquels figure notamment l’actuel résident de la Maison-Blanche.

Partenariat G7/Afrique. Les dirigeants du G7 devraient avaliser un nouveau cadre de partenariat entre pairs qu’appelle le Président Macron de ses vœux pour le développement économique durable du continent.

C’est à cette fin que se joindront à la discussion, dimanche après-midi, les représentants du Burkina Faso (Présidence actuelle du G5 Sahel), du Sénégal (Présidence en exercice du nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique), de l’Égypte, du Rwanda et de l’Afrique du Sud (respectivement Présidence passée, présente et future de l’Union africaine) et d’organisations internationales (FMI, OCDE, ONU, Banque mondiale)

Une déclaration devrait être adoptée, axée sur les priorités suivantes : - promouvoir l’entrepreneuriat des femmes ; - la transformation numérique ; - la transparence des marchés publics.

« Ce ne sera pas un document du G7, mais un document conjoint du G7, des pays africains représentés à Biarritz et de l’UA », a précisé un haut fonctionnaire de l’UE, en réponse à un journaliste qui demandait si l’occasion sera offerte d’entendre les représentants africains.

Donald Tusk pourra, au nom de l’UE, appuyer une initiative de la Banque africaine de développement, baptisée AFAWA (« Affirmative Finance Action for Women in Africa »), destinée à aider les banques africaines à soutenir les entreprises de 100 000 femmes.

Un plan d’action pour le Sahel devrait également être avalisé, en vue d’améliorer la coopération en matière de développement et de sécurité avec cette région africaine qui constitue une priorité stratégique pour l’UE. Préoccupée par la détérioration de la situation sécuritaire, l’UE poursuit son soutien à la force conjointe G5 Sahel, avec 138 millions d’euros annoncés récemment (EUROPE 12293/13).

 « Nous allons aussi soutenir une initiative française destinée à développer l’éducation au Sahel et une initiative franco-allemande visant à une meilleure coordination des contributions à l’amélioration de la défense des pays du G5 Sahel. L’éradication du terrorisme au Sahel est un enjeu fondamental pour la sécurité en Europe », a souligné ce haut fonctionnaire.

Lutte contre les inégalités et pour l'autonomisation des femmes. Le sujet sera abordé dimanche au déjeuner par les dirigeants du G7 avec les organisations internationales. La Présidence française souhaite que chaque participant fasse des promesses de dons sur toutes les pistes de travail. L'UE jouera son rôle.

S’agissant de l’égalité hommes / femmes, qui devrait faire l’objet d’une déclaration, l’UE s’appuiera sur l’engagement pris par la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en faveur de mesures contraignantes en matière de transparence des rémunérations (EUROPE 12298/18).

L’UE annoncera une contribution importante au renflouement du fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (les maladies dites « de la pauvreté ») et soutiendra la création d’un fonds international pour les survivants des violences sexuelles liées aux conflits, pour donner suite à une initiative du prix Nobel de la Paix 2018, le médecin congolais Denis Mukwege (EUROPE 12146/19).

Climat, biodiversité et océans. Lundi 26 août, au matin, les dirigeants du G7, les pays africains et les organisations internationales devraient aborder les grandes questions environnementales.

En matière de climat, l’objectif sera la préparation du sommet ‘Action pour le climat’ convoqué le 23 septembre à New York par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Celui-ci formulera ses attentes.

Compte tenu des positions divergentes des membres du G7 envers l’Accord de Paris, et même au sein de l’UE, concernant la neutralité climatique à l’horizon 2050, aucune déclaration n’est prévue à ce stade.

Pour autant, « ce serait bien de mettre l’accent sur un agenda positif. Nous espérons que le G7 sera un élément de préparation important pour le sommet de septembre », a déclaré un haut fonctionnaire européen. Pour lui, s’il ne faut pas attendre un accord européen sur la neutralité climatique à New York (EUROPE 12294/3), c'est néanmoins « possible cette année ».

Les dirigeants du G7 et leurs partenaires assureront le suivi de la Charte sur la lutte contre la pollution des océans par les plastiques, adoptée l’an dernier au Canada. Ils devraient aussi endosser la Charte sur la Biodiversité, adoptée par le G7 'Environnement' en mai dernier, à Metz, et qui a de fortes chances d’être signée par Fidji, le Gabon, le Mexique et la Norvège.

Désinformation et intelligence artificielle. Le sommet finira lundi en début d’après-midi, autour d’un déjeuner de travail consacré aux transformations numériques.

Y sera débattue notamment la question des fausses nouvelles (fake news), qui menacent le bon fonctionnement des démocraties, et l’essor de l’intelligence artificielle.

Brexit. La question du Brexit n’est pas inscrite à l’ordre du jour du sommet, mais elle occupera également les leaders européens.

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, qui rejette l’accord trouvé entre l’UE et le Royaume-Uni afin d'éviter le retour d'une frontière physique sur l'île d’Irlande, a rencontré la chancelière allemande et le président français en amont du sommet (EUROPE 12310/1, voir autre nouvelle).

M.Tusk rencontrera M. Johnson dimanche. Il est attendu que le Premier ministre britannique lui présente plus de détails quant aux solutions alternatives envisagées par son gouvernement.

Mais les attentes sont faibles côté UE, nous dit-on, étant donné que le gouvernement britannique devrait présenter un plan détaillé d’ici la fin septembre seulement.

Une source européenne a indiqué que l’issue des discussions sur le Brexit pourrait avoir une incidence sur la décision d’agréer, ou pas, un communiqué commun.

Contre-sommet. En parallèle, se tiendra à quelques encablures du G7, à Hendaye, un contre-sommet altermondialiste et pacifique, visant à proposer des alternatives au capitalisme 'sauvage' qu’incarne le G7 aux yeux des organisateurs, la Plateforme G7 EZ ! (Pascal Hansens avec Camille-Cerise Gessant, Marion Fontana et Aminata Niang)

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