C’est en jouant de plus en plus ouvertement la carte d’une sortie sans accord de l’Union européenne au 31 octobre que le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a entamé, mercredi 21 août, une série de rencontres avec les dirigeants européens en amont du sommet du G7 de Biarritz qui se déroulera du 24 au 26 août.
Le nouveau dirigeant britannique a en effet rencontré, mercredi à Berlin, la chancelière allemande, Angela Merkel. Il se rendra à Paris jeudi 22 août et s'entretiendra avec le président français, Emmanuel Macron. Lors de ces rencontres, il devrait soutenir qu'il tient à un accord avec l'UE pour un Brexit ordonné fin octobre, mais que, sans inflexion des Vingt-sept, son pays se prépare activement à une sortie radicale, sans nouvelle extension des délais de négociation.
En début de semaine, le Premier ministre britannique a d'ailleurs fixé les nouveaux termes des discussions avec l’UE sur le Brexit dans une lettre adressée, lundi 19 août, au président du Conseil européen, Donald Tusk. Dans celle-ci, il réitère sa demande aux Vingt-Sept de supprimer le filet de sécurité ('backstop') pour l’Irlande, qu’il juge « antidémocratique » et susceptible de contraindre indéfiniment le Royaume-Uni dans une Union douanière avec l'UE.
En échange de ce filet de sécurité, M. Johnson promet la mise en place d’arrangements alternatifs poursuivant le même objectif d’éviter toute infrastructure physique de contrôle des marchandises entre l'Irlande et l'Irlande du Nord. Et il appelle les Européens à faire confiance au Royaume-Uni concernant le contrôle des marchandises vouées à rentrer sur le territoire européen.
Mardi 20 août, le gouvernement britannique a également fait savoir que les diplomates britanniques ne prendront plus part, à partir du 1er septembre, à la majorité des réunions et des formations du Conseil de l’UE, à l’exception des réunions ayant un intérêt particulier pour l’avenir du Royaume-Uni.
Ces deux missives ont été accueillies plutôt froidement par l’UE. Pour M. Tusk, ceux « qui s'opposent au 'backstop' sans proposer de solutions alternatives soutiennent en réalité le retour d’une frontière en Irlande » « Même s’ils ne veulent pas l’admettre », a-t-il ajouté via Twitter. Les deux hommes se verront dimanche 25 août à Biarritz, pour un entretien bilatéral en marge du sommet du G7.
À Biarritz, signe d'une rivalité naissante entre l'UE et le Royaume-Uni, M. Johnson pourrait même sonder ses partenaires non européens sur l'éventualité d'une candidature britannique à la présidence du FMI (voir autre nouvelle).
De son côté, la Commision a indiqué, mercredi 21 août, avoir pris note de la consigne donnée aux diplomates britanniques de ne plus assister à la plupart des réunions de travail du Conseil. Cette consigne, a rappelé Natasha Bertaud, porte-parole de l’institution, est « en ligne » avec les engagements pris par le Royaume-Uni de respecter le principe de coopération sincère et de ne pas entraver les travaux de l’UE, principes fixés dans les conclusions du Conseil européen du 10 avril.
La Commission européenne a également estimé normal que le Premier ministre britannique s’entretienne avec des dirigeants européens. Mais cela n’affecte pas le fait que les Vingt-sept parlent d'« une seule voix » sur le Brexit, a ajouté la porte-parole. (Solenn Paulic)