Le géant américain Google a annoncé, début août, qu’il allait faire payer ses concurrents via un système d’enchères pour répondre à l’obligation faite par la Commission européenne de proposer différents moteurs de recherche sur son système d’exploitation.
« Nous avons vu par le passé qu'un écran de choix peut être un moyen efficace de promouvoir le choix des utilisateurs », a réagi la Commission, affirmant qu’elle surveillerait attentivement la mise en œuvre de cette mesure.
À l’été 2018, la Commission européenne avait condamné Google pour avoir abusé de sa position dominante sur le système d'exploitation Android, en préinstallant Google Search comme moteur de recherche par défaut (EUROPE 12065/1). Elle lui avait infligé une amende record de 4,34 milliards d'euros et l’avait obligé à mettre un terme à cette vente liée, jugée illégale au regard des règles de l'UE en matière de concurrence.
Avis aux plus offrants. Google entend donc proposer à ses utilisateurs, à partir de janvier 2020, de configurer leurs tablettes ou leurs téléphones Android vendus en Europe. Lors de la première utilisation, ils verront apparaitre un écran spécifique leur permettant de choisir un moteur de recherche par défaut parmi quatre choix, dont celui de Google préinstallé.
Pour sélectionner ses concurrents, Google a annoncé qu'il organiserait chaque année des enchères par pays. « Les moteurs de recherche indiqueront le prix qu'ils sont prêts à payer chaque fois qu'un utilisateur les sélectionnera », a indiqué Google dans une page explicative sur le site d'Android. Au-dessus d'un prix plancher, les trois plus hautes enchères apparaîtront dans un ordre aléatoire sur l'écran multichoix ('choice screen'), aux côtés du moteur 'maison'. Chaque mois, Google enverra une facture à ses concurrents, dont le montant sera calculé en fonction du nombre d'utilisateurs l'ayant choisi sur cet écran.
Les moteurs de recherche concurrents ont jusqu'au 13 septembre pour proposer leur candidature aux enchères, dont les résultats seront rendus publics le 31 octobre.
L'association Open Internet Project (OIP), plaignante formelle dans l'affaire Android, a immédiatement condamné cette annonce: « L'OIP condamne le fait que Google s'attend désormais à ce que ses concurrents paient pour être trouvables et sélectionnables par les utilisateurs, car cela ne fait qu'échanger un comportement abusif contre un autre, tout en continuant à priver les consommateurs d'un choix réel et à fausser la concurrence. »
La Commission européenne n’a, quant à elle, exprimé aucune critique. Selon un porte-parole, l’institution a l’intention de suivre de près la mise en œuvre de cet écran multichoix en récoltant les avis des acteurs du marché, « en particulier concernant la présentation et le fonctionnement de l'écran multichoix, ainsi que le mécanisme de sélection des moteurs de recherche concurrents ». (Sophie Petitjean)