Le porte-parole du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), le rapporteur du Parlement européen pour la Turquie, Kati Piri (S&D, néerlandaise), et le Président du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, Anders Knape, ont dénoncé, mardi 20 août, la suspension temporaire par les autorités turques de trois maires du parti prokurde HDP de trois villes du sud-est du pays - Diyarbakir, Mardin et Van - et de les remplacer par des gouverneurs (EUROPE 12249/14).
Ce n’est pas la première fois que des maires sont suspendus en Turquie au motif de la lutte contre le terrorisme (EUROPE 11621/23). Plus de 400 personnes, principalement des employés et des membres des conseils municipaux, ont également été arrêtées dans le cadre d’une enquête liée au terrorisme.
« Le remplacement des maires Selçuk Mızraklı, Bedia Özgökçe Ertan et Ahmet Türk par des gouverneurs d'État est très préoccupant car il remet en cause le respect des résultats démocratiques des élections du 31 mars. Les destitutions et détentions d'élus locaux et la nomination d'administrateurs privent les électeurs de représentation politique au niveau local et risquent sérieusement de porter atteinte à la démocratie locale », a prévenu le porte-parole du SEAE dans un communiqué.
Pour Mme Piri, « la volonté du peuple turc n'est apparemment respectée que dans la mesure où elle sert l'AKP [parti du président Recep Tayyip Erdoğan] au pouvoir. (…) Ce que l'AKP n'a pas pu gagner par des élections, il le gagne maintenant par des moyens antidémocratiques et manifestement illégaux ». « Le peuple kurde a aussi des droits fondamentaux. L'opposition légitime et démocratique aux politiques du gouvernement ne peut être qualifiée de terrorisme », a-t-elle ajouté, exhortant le gouvernement turc à revenir sur sa « décision injustifiée ».
« Par le passé, le Congrès a exprimé sa préoccupation concernant le recours excessif aux procédures judiciaires contre les élus locaux en Turquie et leur remplacement par des fonctionnaires nommés. Cette pratique porte gravement atteinte au bon fonctionnement de la démocratie locale », a pour sa part souligné M. Knape, appelant les autorités turques à rétablir sans délai la capacité des conseils municipaux à choisir les nouveaux maires.
Le porte-parole du SEAE a également rappelé que, si le gouvernement turc avait le droit légitime de lutter contre le terrorisme, il devait le faire dans le respect de l'État de droit et des libertés fondamentales et « non pour des raisons politiques, en appliquant une législation antiterroriste ou pénale générale ». « La Turquie doit abroger les mesures qui entravent le fonctionnement de la démocratie locale, conformément aux recommandations de la Commission de Venise et à l'engagement de la Turquie envers la Charte européenne de l'autonomie locale », a-t-il ajouté.
Il a réitéré l’appel de l’UE à la reprise urgente d'un processus politique crédible pour parvenir à une solution pacifique et durable à la question kurde. (Camille-Cerise Gessant)