La future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, fait du rôle de l’Europe dans le monde une de ses priorités d’action.
Son programme ne comporte pas de véritables nouveautés, l’ancienne ministre de la Défense allemande reprenant à son compte les positions de la Commission Juncker.
« Le monde réclame plus d'Europe. Le monde a besoin de plus d'Europe (...), je crois que l'Europe devrait avoir une voix plus forte et plus unitaire dans le monde - et elle doit agir vite », a résumé Mme von der Leyen dans son discours devant les députés.
Ainsi, elle met en avant de grands concepts – multilatéralisme, coopération, valeurs européennes et respect du droit international -, mais peu de propositions concrètes. Seules réelles suggestions : - augmenter le futur budget de l’UE consacré à l’investissement dans les actions extérieures de 30% pour atteindre 120 milliards d’euros ; - faire de la majorité qualifiée la règle en politique étrangère. Jean Claude Juncker a proposé à plusieurs reprises de rompre avec la règle de l’unanimité dans plusieurs domaines des Affaires étrangères (EUROPE 12094/4).
Mme Von der Leyen s’engage aussi à travailler en étroite collaboration avec le Haut Représentant – qui pourrait être l’espagnol Josep Borrell - « pour assurer une approche coordonnée de l'ensemble de notre action extérieure, de l'aide au développement à notre politique étrangère et de sécurité commune ».
Reprenant aussi des idées de l’actuelle Commission, Mme von der Leyen veut créer un partenariat « d'égal à égal, sans compromettre la liberté et la dignité » avec les pays bénéficiaires de son aide au développement et développer une stratégie globale pour l’Afrique, « voisin proche et partenaire le plus naturel ». Pour elle, l’UE doit aussi aider ce continent à concevoir et mettre en œuvre ses propres solutions à des défis tels que l'instabilité, le terrorisme transfrontalier et la criminalité organisée.
La future présidente réaffirme également la perspective européenne des Balkans occidentaux avec qui l’UE partage « le même continent, la même histoire, la même culture et les mêmes défis ». « Je soutiens pleinement la proposition de la Commission d'ouvrir des négociations avec la Macédoine du Nord et l'Albanie. Le processus d'adhésion offre une occasion unique de promouvoir et de partager nos valeurs et intérêts fondamentaux », ajoute-t-elle. Son soutien aux Balkans a été salué par le ministre des Affaires étrangères macédonien, Nikola Dimitrov, qui a appelé à un travail commun afin de transformer les paroles en actes et d’avoir un « succès commun en octobre : l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord ».
Aucune référence n’est faite dans le programme à la Turquie, également pays candidat et partenaire stratégique de l’UE. Elle ne fait pas non plus mention des relations avec les États-Unis d’un point de vue non commercial. Les Turcs et les Américains ont pourtant été les premiers à la féliciter pour son élection. Le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavuşoğlu, qui a espéré que son élection ait « un impact positif sur les relations Turquie/UE », alors que l’ambassadeur américain auprès de l’UE, Gordon Sondland, a appelé à redoubler d'efforts pour renforcer la relation transatlantique et favoriser la prospérité et la sécurité de tous nos citoyens.
Mme von der Leyen ne semble pas non plus vouloir révolutionner la défense de l’UE. « L'OTAN sera toujours la pierre angulaire de la défense collective de l'Europe », prévient-elle. « Nous resterons transatlantiques et deviendrons plus européens », résume-t-elle, alors que les Européens ont fortement développé, ces dernières années, l’Europe de la Défense. « Dans le cadre du prochain budget à long terme de l'UE, j'ai l'intention de renforcer le Fonds européen de défense (FED) pour soutenir la recherche et le développement des capacités », annonce Mme von der Leyen. La Commission a proposé 13 milliards d’euros pour le FED.
Estimant que les défis en matière de sécurité se diversifient et deviennent imprévisibles, Mme von der Leyen propose que l’UE renforce sa réponse et sa résilience aux menaces hybrides. Il s'agit déjà d'une priorité de la Présidence finlandaise du Conseil de l’UE (EUROPE 12292/25). (Camille-Cerise Gessant)