« Nous voulons le multilatéralisme. Nous voulons un commerce équitable. Nous défendons l'ordre fondé sur des règles. Parce que nous savons que c'est mieux pour nous. Nous devons le faire à la manière européenne », indiquait sur Twitter Ursula von der Leyen, à la veille du vote parlementaire sur sa candidature à la présidence de la Commission européenne. Sur le fond, la désormais présidente de cette institution s'inscrit dans la lignée de son prédécesseur, Jean-Claude Juncker. Néanmoins, elle a le mérite de reprendre à son compte quelques éléments plus progressistes émis, entre autres, par la France.
Dans son 'Agenda pour l’Europe', où Mme von der Leyen professe sa foi dans le multilatéralisme, la politique commerciale européenne sera « libre et équitable ».
« Libre », parce que la présidente défend, à l’instar de ses prédécesseurs, le libre-échangisme et veut voir dans l’Europe un rempart contre le protectionnisme et les pratiques commerciales déloyales. « Nous croyons dans le commerce, parce que ça marche - il compte pour plus du tiers du PIB de l’UE et soutient plus de 36 millions d’emplois ». C’est pourquoi il faut mener à terme les négociations avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et renforcer le partenariat avec les États-Unis, lit-on dans son programme.
« Juste », parce que l’UE doit garantir des conditions équitables (« level playing field ») à ses opérateurs économiques. Les accords commerciaux permettent de projeter les normes et valeurs de l’UE dans le monde : « Je pense que nous pouvons renforcer le rôle de l’Europe en tant que leader mondial et normalisateur », affirme Mme von der Leyen dans son programme, grâce à des accords respectant « les normes les plus strictes en matière de climat, de protection de l'environnement et de main-d'œuvre, ainsi qu'une politique de tolérance zéro en matière de travail des enfants. »
Autre moyen pour assurer des conditions équitables, une taxe carbone sur les importations de pays tiers, une idée déjà évoquée par la France et qui permettrait aux producteurs européens de ne pas pâtir des normes de production imposées par l’UE à ses opérateurs économiques - même si cette taxe risque de faire grincer des dents certains partenaires européens à l’OMC à Genève.
Mme von der Leyen reprend aussi à son compte une autre proposition française : la nomination d’un Responsable de l'application des règles commerciales (Chief Trade Enforcement Officer, en anglais), « afin d'améliorer le respect de nos accords commerciaux et de faire rapport régulièrement au Parlement européen. » La Commission Juncker avait déjà, dès 2015, amorcé un virage dans les priorités commerciales de l’UE vers l’application des accords de libre-échange ; des rapports de mise en œuvre sont par ailleurs publiés annuellement depuis 2017 (EUROPE 12129/9). Lors d'une réunion avec la société civile, le 9 juillet, Sabine Weyand, directrice générale au Commerce, en faisait aussi une de ses priorités (EUROPE 12293/14).
Allusion à la Chine, la présidente promet une Europe forte contre les pratiques commerciales déloyales, grâce aux instruments de défense commerciale. « Nous devons faire en sorte que nous puissions faire respecter nos droits, y compris par le recours à des sanctions si d’autres empêchent la résolution d’un conflit commercial », estime Mme von der Leyen.
La future présidente de la Commission s’engage aussi à rendre plus transparente la politique commerciale de l’UE et à garantir le veto démocratique du Parlement européen pour la mise en œuvre provisoire de tout accord de libre-échange.
Enfin, la mise en œuvre de l’agenda multilatéral de Mme von der Leyen passe par la sauvegarde de l’OMC.
Réactions
Fair Trade Advocacy, qui défend le commerce équitable, se disait, dans un tweet, « ravi de (...) entendre parler du commerce équitable (...). Nous sommes impatients de travailler avec vous sur des chaînes d'approvisionnement mondiales qui ne laissent personne derrière ».
Pour le Global Warming Policy Forum, groupe de réflexion sur les politiques climatiques, la promesse de taxe carbone laisse présager que « l'Europe pourrait déclarer la guerre du commerce vert ». (Hermine Donceel)