Le candidat de la famille du Parti populaire européen à la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne, l’Allemand Manfred Weber, a rencontré, mercredi 26 juin au soir à Berlin, la chancelière allemande, Angela Merkel, le président du parti, Joseph Daul, ainsi que la présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, et celui de la CSU, Markus Schröder, afin de discuter de sa candidature, mais aussi faire le point avec la chancelière avant le départ de celle-ci pour le G20 d'Osaka.
Le groupe PPE au Parlement européen considère que Manfred Weber garde toutes ses chances et ne doit pas être éliminé de la course. La dirigeante de la CDU/CSU serait même, elle, totalement opposée à l’idée qu’un autre candidat que Manfred Weber pour le PPE puisse accéder à la Commission.
Du côté du parti européen PPE, la ligne était moins claire en fin de semaine dernière, certains dirigeants ayant reconnu que les alternatives au candidat allemand pouvaient faire partie des réflexions, à l’image de l’Irlandais Leo Varadkar ou du négociateur croate pour le PPE, Andrej Plenković (EUROPE 12280/2).
Plusieurs dirigeants du PPE et d’autres familles politiques avaient aussi signalé, à l’issue du sommet européen, qu’aucun des trois candidats officiels des familles politiques en lice, à savoir Manfred Weber, Frans Timmermans pour le PSE et Margrethe Vestager pour la famille libérale, ne disposait d'une majorité suffisante pour la présidence de la Commission. Mais le PPE au PE, ainsi que le groupe S&D au PE, ont continué cette semaine de pousser leur Spitzenkandidat, estimant que le système mis en place en 2014 ne doit pas être abandonné (EUROPE 12281/12). Le S&D reste ainsi toujours derrière Frans Timmermans.
Pour ajouter à la confusion, à quatre jours d’un Sommet européen censé aboutir aux nominations, les groupes politiques du PE ne s’étaient toujours pas entendus, mercredi 26, sur un programme de travail commun (EUROPE 12282/14).
Plusieurs points de friction empêcheraient cet accord commun, notamment les questions liées à la taxation effective minimale des entreprises, un point crucial pour le S&D. Les travaux progressent néanmoins et les groupes de travail continuent de se rencontrer, ont indiqué le 26 juin plusieurs sources impliquées dans ces pourparlers, estimant que les difficultés bien réelles ne sont pas forcément insurmontables.
Dans les cinq groupes de travail identifiés, la question de la taxe carbone ou du système ETS ou la révision de la PAC ne font ainsi pas encore consensus. La question du commerce international divise également les groupes, mais aussi des sujets comme la surveillance de masse en ce qui concerne les aspects de politique intérieure. Les groupes ont relâché la pression et semblent s'être donné jusqu'au 12 juillet pour réussir cet accord de coalition.
Quant aux Spitzenkandidaten, certains savent qu'il ne sera peut-être pas possible d'imposer ce système au Conseil, car le PE n'est pas entièrement uni derrière le dispositif, selon un membre d'un groupe politique, même si l'objectif pour les Verts/ALE, le S&D ou le PPE est toujours de parvenir à soutenir un candidat commun.
Face à un blocage avec le Conseil, certains groupes - les Verts/ALE, par exemple - pourraient ainsi s'ouvrir à un candidat non issu de ce système, à la condition qu'il approuve aussi le programme de travail du PE. Ces trois Spitzenkandidaten, ainsi qu'un candidat Verts/ALE, pourraient-ils alors être désignés vice-présidents de la Commission en échange ? Les spéculations vont bon train dans les couloirs du PE.
En attendant, face au manque de progrès du côté des États membres, d'autres redoutent surtout une phase de « blocage total » à l'issue incertaine. (Solenn Paulic)