Le directeur des programmes de Global Focus, Rufin Zamfir, a estimé, mercredi 22 mai, que les pays des Balkans occidentaux étaient sujets aux influences extérieures. « Aucun pays n’est à l’abri des influences malignes », a-t-il expliqué à l’occasion de la présentation de l’étude ‘Dimensions of Risk and Resilience in the Western Balkans: regional vulnerabilities to malign influence’, à la Représentation permanente de la Roumanie.
En se fondant sur un sondage d’experts nationaux interrogés sur la situation de la société, l’économie, la politique, la politique étrangère et de sécurité dans les pays des Balkans occidentaux, Global Focus a estimé que le pays le moins vulnérable était la Macédoine du Nord, suivie de l’Albanie, du Monténégro, du Kosovo, de la Serbie et de la Bosnie-Herzégovine.
« Une économie non autosuffisante représente un risque accru d’influences malignes », a indiqué Dimitar Bechev de l'Atlantic Council’s Eurasia Center. Dans ce domaine, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, l’Albanie et le Kosovo sont les plus vulnérables.
Une configuration politique peu transparente au niveau de l’État de droit ainsi que son inefficacité bureaucratique accroissent également la vulnérabilité des États, en particulier pour la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Serbie et le Monténégro. Dans le viseur des discussions tenues lors de la présentation de l'étude : la Chine et la Russie, qui tirent profit de ces instabilités, respectivement en investissant dans les infrastructures et monopolisant l’approvisionnement en énergie. Cela démontre l'existence d’un appareil d’État dépendant et aisément « capturé » sur fond d’intérêts particuliers, selon l'étude.
Si les personnes sondées semblent prendre conscience des problèmes qui touchent les Balkans occidentaux, les avancées vers davantage de résilience se heurtent au poids identitaire qui prévaut souvent dans le pays d’origine. Ce symptôme des identités ambivalentes explique ainsi la présence et l’influence de ‘communautés passionnelles’ au sein des pays.
Alors que les médias sociaux pourraient prendre part à la solution, selon les experts, ils sont surtout accaparés par ces communautés, la seule solution résidant dans les communautés de fact checking, ou les médias indépendants, qui manquent de moyens et de visibilité.
L’étude pointe en effet le manque d’indépendance des médias et leur diabolisation au côté de la société civile et s’intéresse au degré d’importance des ‘fake news’ (Bosnie-Herzégovine, Serbie et Monténégro sont les pays les plus à risque).
Le classement 2019 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières présente une stagnation globale de la région par rapport à 2018, à l’exception de l’effondrement de la Serbie (passant du 76e au 90e rang) et de la progression de la Macédoine du Nord (passant de la 109e à la 95e place - EUROPE 12148/19).
Selon l'étude, les médias traditionnels sont souvent dirigés par des influences politiques ou économiques illégitimes, attestant que la transition démocratique de la région, où la propagande était courante, ne s'est pas traduite par une liberté des médias. Dans les Balkans occidentaux, le refus d’une confrontation politique et d’idées, obstacle majeur à la résilience, entérine une information univoque ou chacun campe sur ses positions. M. Bachev l’affirme : « Les médias et le gouvernement n’ont pas réussi à faire preuve de résilience », contrairement à la société civile et aux citoyens.
Face à ces problèmes, la responsabilisation démocratique et la coopération en matière de sécurité dans la région sont deux versants particuliers de la résilience pour lesquels les chercheurs prônent le maintien d’« un processus d’adhésion [à l’Union européenne] fort ». Les préconditions à l’accession à l’UE sont en effet un « outil majeur de progrès d’engagement politique ».
Pour M. Bechev, au Monténégro, en Macédoine du Nord et en Bosnie-Herzégovine, dans les faits, « c’est la médiation de l’UE avec la société civile qui a permis de lutter contre l’influence politique et la corruption ». Pourtant, il subsisterait le ressentiment que l’Union reste complice de la corruption.
Pour offrir une alternative aux vulnérabilités, les chercheurs insistent sur une communication sans ambivalence de la part de l’UE. Pour Marko Savković, directeur de programmes au Belgrade Fund for Political Excellence, la communication de l’UE dans la région se focalise souvent autour d’un discours de ‘démocratie’, mais gagnerait à « davantage s’orienter vers la garantie d’un meilleur standard ou niveau de vie ». Voir l'étude : http://bit.ly/2I7Hkuf. (Martin Molko - stage)