login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12264
Élections européennes - PE2019 / Pe2019

Début des grandes manœuvres pour la présidence de la Commission européenne

Au fur et à mesure que les résultats des élections européennes s'affinaient (EUROPE 12264/1), aucune majorité politique évidente n'a émergé, lundi 27 mai au sein du nouveau Parlement européen, pour élire, sur base d'une proposition à venir du Conseil européen, la personnalité politique en mesure de présider la Commission européenne (EUROPE 12263/2). 

Au moins trois groupes politiques seront nécessaires pour avaliser la personnalité politique qui présidera la Commission européenne post-Juncker, à savoir les groupes chrétien-démocrate (PPE), social-démocrate (S&D) et libéral (ADLE&R). Une majorité formée des groupes PPE, S&D et Verts/ALE est même numériquement possible. 

« Le jeu est très très ouvert, puisque la coalition devra comprendre au moins trois partis et aucun leadership naturel n'émerge eu égard au peu d’écart entre le S&D et le PPE », a noté ce bon connaisseur des arcanes européens. Selon lui, « le défi climatique [étant] le premier défi de l’Europe », les Verts doivent participer à la construction d'une majorité politique au PE. 

Mais la constitution d'une alliance progressiste écartant les chrétiens-démocrates, que les libéraux et les sociaux-démocrates appellent de leurs vœux autour de leur candidat tête de liste respectif, sera difficile à concrétiser. Selon les projections publiées lundi après-midi, cette alliance recueillerait 363 voix (146 élus S&D + 109 élus ADLE&R + 69 élus Verts/ALE + 39 élus GUE/NGL), soit un déficit de 13 voix pour réunir la majorité absolue fixée à 376 eurodéputés dans un hémicycle de 751 sièges. 

Les tractations sur le contenu d'un programme vont néanmoins bon train pour tenter de bâtir une telle alliance. 

Lundi soir, le président français Emmanuel Macron, dont le mouvement La République en marche! (LREM) sera le plus important contingent du groupe ADLE&R, a dîné avec le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, dont le parti socialiste a remporté haut la main les élections européennes en Espagne. Madrid revendiquerait le poste de Haut Représentant de l'UE aux Affaires étrangères et à la Politique de sécurité. 

Le candidat du Parti populaire européen (PPE), l'Allemand Manfred Weber, « ne nous semble pas représentatif de l’équilibre de la large coalition que nous voulons former » autour de « grandes priorités », dont la lutte contre le dérèglement climatique, a insisté Pascal Canfin, numéro 2 sur la liste LREM, lors d'un entretien avec le quotidien français La Croix

Le groupe GUE/NGL est prêt à discuter d'un programme incluant des mesures progressistes telles que la défense des droits des travailleurs, l'égalité de genre, le rejet de la militarisation de l'UE. 

Faute de s'entendre à ce stade sur un nom, les principales forces politiques pro-européennes du Parlement pourraient envoyer un message au Conseil européen sur l'importance de maintenir en vie le processus des Spitzenkandidaten, en prévenant qu'il ne se prononcera que sur une personnalité ayant été candidate tête de liste aux élections européennes, comme il l'avait fait en 2014. 

La réunion de la Conférence des présidents des groupes politiques, mardi matin, sera importante à cet égard. Elle a été préparée au niveau technique, lundi soir, et une réunion politique pourrait être organisée mardi avant la tenue de la Conférence des présidents. 

M. Weber, qui est le président du groupe PPE, aurait tenté de réunir ses homologues, mais les leaders libéral, le Belge Guy Verhofstadt, et social-démocrate, l'Allemand Udo Bullmann, auraient refusé la main tendue, selon une source. 

Les Vingt-huit rappelleront leurs prérogatives

Mardi soir, les chefs d'État ou de gouvernement tiendront à souligner qu'ils détiennent la maîtrise du processus de nomination aux principales fonctions européennes à pourvoir d'ici à fin 2019 : les présidences du Conseil européen, de la Commission, de la BCE et le poste de Haut Représentant de l'UE. 

Lors d'un dîner informel, ils focaliseront leur attention sur l'analyse des résultats des élections européennes et des rapports de force qui se créent, écartant, si possible, toute discussion sur le Brexit après l'annonce de la démission de la Première ministre britannique, Theresa May (EUROPE 12262/1), et sur les tensions entre Chypre et la Turquie. 

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, devrait être chargé de mener les consultations avec ses homologues ainsi qu'avec le Parlement européen. Aucun contact formel avec les représentants du Parlement n'est prévu avant le sommet, même si M. Tusk, membre du PPE, sera présent mardi après-midi au sommet préparatoire de la famille chrétienne-démocrate. 

Depuis Sibiu, l'ancien Premier ministre polonais n'a pas changé d'avis. Il souhaite aller vite en invitant le Conseil européen à prendre, fin juin, une décision en paquet sur les nominations bientôt vacantes afin de faciliter la mise en place du nouveau cycle institutionnel (EUROPE 12251/2). 

Si nécessaire, M. Tusk, qui s'entretiendra avant le sommet en bilatéral avec la chancelière allemande, Mme Merkel, puis avec le président français, Emmanuel Macron, est prêt à procéder à un vote. Depuis le Traité de Lisbonne, la règle de la majorité qualifiée renforcée s'applique. Toute nomination doit recueillir à la fois le soutien d'États membres représentant 65 % de la population européenne et 72 % du nombre d'États membres, soit 21 pays. 

La position des Britanniques sera importante à cet égard, leur volonté ou non de participer aux nominations faisant varier les seuils fixés. Tant que le Brexit n'est pas concrétisé, le Royaume-Uni reste un État membre à part entière et est en droit de prendre part aux décisions. 

Ne briguant pas un deuxième mandat, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, première incarnation du processus des Spitzenkandidaten, participera, lui aussi, au dîner des leaders européens. « Ce n'est pas un secret, M. Juncker et le Collège des commissaires ont défendu de manière cohérente un système qui a amélioré la démocratie européenne », a indiqué le porte-parole de l'institution européenne. (Mathieu Bion avec la rédaction)

Sommaire

Élections européennes - PE2019
INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
COUR DE JUSTICE DE L'UE
BRÈVES