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Bulletin Quotidien Europe N° 12258
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INSTITUTIONNEL / Pe2019

Le rassemblement de l’extrême-droite européenne à Milan plombé par le scandale autrichien

Douze partis d’extrême droite eurosceptiques ont répondu, samedi 18 mai à Milan, à l’invitation du ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini (EUROPE 12230/22). Mais, avant même d’avoir commencé, le rassemblement a été entaché par le scandale frappant son allié autrichien, le FPÖ. 

Bien loin des 100 000 personnes attendues par Matteo Salvini, ils étaient entre 30 et 40 000 partisans sur la place du Duomo, rapportent plusieurs médias italiens. 

Aux côtés du chef de la Lega et de la présidente du Rassemblement National (RN) français, Marine Le Pen, étaient aussi présents Geert Wilders pour le Parti pour la liberté (PVV) néerlandais, Veselin Mareshki pour le parti bulgare Volya, Tomio Okamura pour le SPD tchèque et Boris Kollar pour le Sme Rodina slovaque. 

L'AfD allemande était représentée par l'eurodéputé Jörg Meuthen, le FPÖ autrichien par Georg Mayer, le Vlaams Belang flamand par l'eurodéputé Gerolf Annemans, aussi président du Mouvement pour une Europe des Nations et Libertés (MENL). Le Parti populaire danois était, quant à lui, représenté par l'eurodéputé Anders Vistisen, le parti estonien Ekre par son vice-président Jaak Madison et les Vrais Finlandais par sa vice-présidente Laura Huhtasaari. 

Ont en revanche brillé par leur absence le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, qui a pourtant annoncé sa volonté d’une coopération avec M. Salvini sur la ligne migratoire (EUROPE 12246/26), mais qui refuse toute alliance avec Mme Le Pen, ainsi que le Parti Droit et Justice (PiS) polonais. 

Accompagnée de sa tête de liste pour les Européennes, Jordan Bardella, Marine Le Pen a estimé que cette manifestation était un « acte fondateur de la révolution pacifique et démocratique qui voit dans tous les pays le réveil des peuples ». Elle a même prêté l’hymne national français à ses compatriotes européens, scandant : « Allons enfants des patries, le jour de gloire est arrivé. » 

« Notre projet est celui d’une coopération entre États, celui d’une Europe des Nations libre, souveraine, qui respecte l’identité et la volonté des peuples sans jamais rien leur imposer de contraire à leurs intérêts », a-t-elle expliqué. 

Plus tôt, en conférence de presse, Marine Le Pen s’en est aussi prise au président de la République française, Emmanuel Macron, le qualifiant « d’enfant-roi » et estimant à nouveau que, s’il n’arrivait pas en tête des élections européennes en France, il devrait quitter son poste. 

Explosion de la coalition gouvernementale en Autriche

Ce n’est pas la manifestation antifasciste, le même jour à Milan, qui est venue perturber le rassemblement, mais bien le scandale ayant frappé le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ). 

Son chef de file, Heinz-Christian Strache, a démissionné samedi de son poste de vice-chancelier et a quitté la direction du parti après la diffusion d’une vidéo le montrant en train de discuter avec une femme se présentant comme la nièce d'un oligarque russe de lignes éditoriales et du possible rachat d'un groupe de presse, mais aussi promettre l'attribution de marchés publics en échange d'avantages financiers et politiques. 

Norbet Hofer, le ministre des Transports, a été désigné comme nouveau chef du Parti. L'eurodéputé Harald Vilimsky, tête de liste du FPÖ pour les élections européennes, a annulé sa venue à Milan et a donc été remplacé par l'eurodéputé Georg Mayer. 

Le scandale a provoqué l'effondrement de la coalition gouvernementale en Autriche entre le FPÖ et le Parti populaire autrichien (ÖVP). Le chancelier, Sebastian Kurz, et le président, Alexander Van der Bellen, ont annoncé dans la foulée la tenue d'élections anticipées en septembre. 

Le FPÖ a annoncé, lundi 20 mai, qu'il retirera tous ses ministres du gouvernement, si Sebastian Kurz confirme son intention de limoger le ministre de l'Intérieur, Herbert Kickl, concerné par l’enquête sur la vidéo. 

Le scandale porte aussi un coup à l'extrême droite européenne. Lundi, Marine Le Pen, qui avait refusé de commenter l'affaire à Milan, a condamné, sur la chaîne France Info, l'attitude de M. Strache, mais aussi estimé qu'il s'agissait d'un piège, à quelques jours des élections européennes. 

« Le questionnement que nous avons évidemment, et je pense que chacun l'a, est que cette vidéo a deux ans et qu’entre-temps il est devenu vice-chancelier et qu’on se pose la question de savoir pourquoi est-ce que ceux qui ont monté ce piège - car il s’agit d’un piège - n’ont pas rendu publique cette vidéo pour empêcher Heinz-Christian Strache d’être vice-chancelier », a-t-elle déclaré. 

Depuis Bruxelles, le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, n’a pas souhaité commenter l'affaire. « Nous faisons pleinement confiance au peuple autrichien et aux institutions démocratiques autrichiennes pour y remédier », a-t-il déclaré lundi. 

Les partis politiques européens ont, quant à eux, largement réagi. Le Parti vert européen (PVE), par la voix de son candidat, Bas Eickhout, a estimé que ces révélations montraient clairement à quel point il est dangereux d’entrer en coalition avec l’extrême droite. 

« Alors que, dans leur rhétorique de campagne, les populistes prétendent travailler à la défense de la nation, le masque de l'extrême droite commence à glisser et, en dessous, il est clair que ce type de parti se concentre avant tout sur l'enrichissement personnel et la prise du pouvoir par tous les moyens », a déclaré le Néerlandais dans un communiqué samedi. 

Sur Twitter, le candidat tête de liste du Parti populaire européen (PPE), l’Allemand Manfred Weber, tire une conclusion claire de cette affaire : « il ne faut donner à ces radicaux aucune influence sur notre Europe ». 

Chez les Socialistes et démocrates, l'eurodéputée française Pervenche Berès a estimé qu'« il est clair que, pour l’extrême droite, les citoyens sont une marchandise, un moyen de faire de l’argent. Ils n’ont de souverainiste que le nom, car, en réalité, ils soldent nos démocraties »(Marion Fontana)

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