Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’UE et des pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) ont décidé, mardi 14 mai, lors de leur réunion conjointe à Bruxelles, de renforcer encore davantage leur coopération pour lutter contre le terrorisme dans la région du Sahel.
De l’aveu même de la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, la situation est « paradoxale » : malgré la hausse des efforts du G5 Sahel et de l’UE, « la situation sécuritaire se détériore ».
Selon le secrétaire d’État français, Jean-Baptiste Lemoyne, « les Européens et les Africains ont leurs destins liés. Soit nous réussissons ensemble, soit nous échouons ensemble. Il n’y a pas d’autres options que de réussir ».
Les deux parties ont donc décidé de renforcer leur coopération, tout d’abord pour avoir une « opérationnalisation complète de la force conjointe » du G5 Sahel en respectant le cadre de conformité sur les droits de l’homme et en insistant sur la composante ‘police’ en plus de la composante ‘militaire’.
Selon un rapport de l’ONU de mai 2019, la force conjointe a atteint 75 % de sa capacité opérationnelle. Faute de matériel et de formation, elle n’est pas encore pleinement opérationnelle.
« Nous avons besoin d’appui, d’accélérer les procédures, de la mobilisation internationale de façon concrète pour que la force conjointe soit une force opérationnelle », a souligné le chef de la diplomatie malienne, Tiébilé Dramé. « Tout le monde a insisté sur la nécessité d’accélérer les procédures. Il ne faut pas qu'elles soient un obstacle à l’efficacité », a-t-il ajouté.
Même son de cloche de la part de son homologue du Niger, Kalla Ankourao. « Nous allons prendre des dispositions avec nos partenaires européens et d’autres pour renforcer les moyens de combat, développer les offensives », a-t-il expliqué, rappelant que la force conjointe avait besoin de blindés ou d'outils de lutte contre les agents explosifs. D’après lui, plus de 150 millions d’euros de matériel devraient être livrés d’ici octobre prochain.
La veille, dans des conclusions, les ministres des Affaires étrangères de l’UE avaient appelé à l’intensification des efforts de la force conjointe, rappelant que l’UE s’engageait à poursuivre la mise en œuvre des 147 millions d'euros déjà alloués à la force.
Selon l’ONU, environ 430 millions d’euros ont été annoncés pour aider la force conjointe. L’UE a décaissé 61 millions d’euros, dont 5 millions pour la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), dont le mandat doit être revu en juin. Des contributions d’un montant de 84 millions d’euros, annoncées en février 2018, ont été réaffectées, dont 17,2 millions ont été entièrement décaissés aux fins de l’achat de matériel et de l’amélioration des infrastructures.
Devant la presse, Mme Mogherini a précisé que les deux parties avaient discuté de la nécessité de relancer le processus de dialogue et de réconciliation, alors que certains pays du Sahel sont en proie à des conflits sectaires, et de désarmer les milices dans certaines régions, en particulier dans le centre du Mali et au Burkina Faso.
La Haute Représentante a aussi mis l’accent sur l’appui aux autorités afin de redéployer des services dans les zones sensibles, sur le travail commun sur la réforme des appareils sécuritaires ou encore sur la lutte contre l’impunité.
Enfin, elle a insisté sur la volonté commune de travailler ensemble à la mise en œuvre de l’accord de paix au Mali. (Camille-Cerise Gessant)