C’est une drôle de campagne électorale qui s'est ouverte au Royaume-Uni alors que les Britanniques seront bel et bien invités à voter le 23 mai lors des élections européennes, presque trois ans jour pour jour après avoir voté pour la sortie de leur pays de l’Union européenne (EUROPE 11580/1).
Une campagne étrange par l’ironie de la situation – les Britanniques désigneront 73 élus –, mais aussi par la façon dont les partis abordent cette élection et mènent campagne ou, justement, ne mènent pas campagne.
Crédité dans de nombreux sondages de remporter le scrutin ou placé, dans d’autres, au coude à coude avec le parti Labour de Jeremy Corbyn, le nouveau Brexit Party de Nigel Farage, ex-UKIP, pourrait envoyer à Bruxelles et Strasbourg le plus gros contingent d'eurodéputés britanniques.
Mais hormis les interventions de Nigel Farage, le parti n’a encore publié aucun manifeste ni document programmatique, la sortie du Royaume-Uni de l’UE étant son seul argument de campagne.
Plusieurs eurodéputés issus du UKIP ont rejoint Nigel Farage et se représentent, comme Jonathan Bullock ou Nathan Gill. La sœur du député conservateur Jacob Rees-Mogg, Annunziata Rees-Mogg, se présente aussi sous les couleurs du Brexit Party. L’ex-UKIP David Coburn, en délicatesse avec Nigel Farage, ne se représente pas pour sa part.
Le Brexit Party était crédité, selon certains sondages, de 30 % des intentions de vote au 2 mai. Il devancerait donc le parti travailliste, qui obtiendrait 21 %.
Presque tous les élus Labour siégeant déjà dans le groupe S&D au Parlement européen – ils étaient dix-huit dans la législature 2014-2019 – se représentent, comme Claude Moraes, Seb Dance ou Richard Corbett, à l’exception de quatre députés : Mary Honeyball, Linda McAvan, Lucy Anderson et Derek Vaughan.
Au Labour, il y a bien un manifeste, présenté jeudi 9 mai par Jeremy Corbyn. Mais le parti s’est déchiré sur son contenu, autour de la référence à la tenue éventuelle d'un second référendum sur le Brexit. Cette option n’a pas été retenue par M. Corbyn qui n’y est pas favorable.
La campagne des travaillistes sera donc officiellement axée sur une Europe réformée, qui met fin à l’austérité, relève le défi climatique et améliore les droits des travailleurs, partout dans l’UE et au Royaume-Uni. Dans la perspective du Brexit, le Labour prône une union douanière modernisée avec l'Union européenne.
Pas de campagne du tout chez les Tories ?
Du côté des conservateurs de Mme May, dont les dix-neuf députés siégeaient au sein du groupe CRE, l’ambiance n’est pas à faire campagne. Le parti songerait même à ne pas publier de manifeste ou de document programmatique, selon les médias britanniques.
Mme May espère toujours faire adopter l’accord sur un retrait ordonné de l’UE avant le scrutin européen, de sorte que les eurodéputés britanniques n’aient pas à siéger au prochain PE.
Les sondages sont en tout cas très mauvais pour le parti Tory, qui pourrait même échoir en sixième position, selon The Guardian, alors qu'au 2 mai les sondages le plaçaient troisième, avec 13 % des voix.
Tous les eurodéputés ayant siégé au groupe CRE ces cinq dernières années, comme Syed Kamall, Ashley Fox ou Daniel Dalton se relancent dans la course. Seuls Jacqueline Foster, Kay Swinburne et David Campbell Bannerman ne se représentent pas.
Une campagne pour stopper le Brexit
Il y a ensuite les partis ouvertement pour le maintien du Royaume-Uni dans l'UE, comme les partis LibDem, Greens, le SNP écossais, mais aussi le nouveau parti Change UK.
Au sein des libéraux-démocrates alliés à l’ALDE au niveau européen, le leader Vince Cable a fait campagne auprès du Belge Guy Verhofstadt, vendredi 10 mai, l’objectif étant de gagner plus d’élus qu’en 2014.
Et pour cause, les LibDem ne comptent actuellement qu’une élue en la personne de Catherine Bearder qui se représente. D’anciens eurodéputés libéraux se relancent comme Phil Bennion, Chris Davies, Fiona Hall et Bill Newton Dunn. À noter aussi la présence de Giles Goodall, ancien fonctionnaire européen.
Au sein du parti écologiste Greens, Molly Scott Cato se représente, contrairement à Jean Lambert et Keith Taylor. Le manifeste écologiste plaide pour un Royaume-Uni membre d'une UE plus verte et qui agit sur les causes du Brexit telles que l’austérité et la libéralisation des services publics notamment.
Au parti SNP, Alyn Smith, qui a siégé au groupe Verts/ALE, se représente aussi. Objectif : remporter trois sièges. Du côté du parti gallois Plaid Cymru, l’actuelle Jill Evans (Verts/ALE) se relance dans la course avec trois autres candidats.
Quant au parti Change UK, Richard Ashworth, ayant siégé au groupe PPE, se représente. À noter la présence sur cette liste de la sœur de l’ancien ministre pro-Brexit Boris Johnson, Rachel Johnson.
Enfin, en Irlande du Nord, l'élue du Sinn Féin, Martina Anderson, qui a siégé au groupe (GUE/NGL) se représente, avec pour objectif le maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Même chose pour Diane Dodds, issue du parti DUP membre de la coalition gouvernementale, mais avec un objectif diamétralement opposé.
Le parti UKIP après Nigel Farage
Enfin, au sein du parti UKIP, qui a subi des départs vers le Brexit Party, seulement trois eurodéputés actuels se présentent à nouveau devant les électeurs: John Stuart Agnew, Mike Hookem et Gerard Batten le chef du parti.
Lien vers le manifeste du Labour : https://bit.ly/2JgzUYG
Lien vers le manifeste du Green Party : https://bit.ly/2VnJEql
Lien vers le manifeste des LibDems : https://bit.ly/2IkFsRc. (Solenn Paulic)