De toute évidence, nous avons assisté à deux changements majeurs cette semaine dans la politique britannique relative au Brexit. Il faut juste y regarder de très près pour les remarquer.
Le premier est la volonté du gouvernement de reporter le jour du Brexit (si tout le reste échoue) ; le deuxième est le soutien explicite du Parti travailliste, qui est dans l’opposition, à un second référendum sur le Brexit (encore une fois, seulement si tout le reste échoue - EUROPE 12202).
Le gouvernement britannique s’est engagé à tenir un « second vote significatif » avant le 12 mars sur l’accord de sortie de l’UE (le premier a eu lieu en janvier, mais il s’est avéré insuffisamment significatif - EUROPE 12172). En cas d’échec, le Parlement se prononcera pour ou contre une sortie de l’UE sans accord et, en cas de nouveau vote négatif, Madame May sollicitera une « extension courte et limitée » (ne dépassant pas la fin juin) de la période de négociation prévue à l’article 50.
Mais le gouvernement mise toujours sur un geste de l’UE qui pourrait proposer des garanties juridiques permettant au procureur général, Geoffrey Cox, de revoir son avis quant au filet de sécurité irlandais (qui, selon lui, rassurerait tant les unionistes démocrates que les députés conservateurs d’arrière-ban). M. Cox était une nouvelle fois à Bruxelles cette semaine pour des « négociations techniques », mais la réponse reçue n’a pas changé.
« Nous réaffirmons notre unité, notre détermination et notre patience pour parvenir à un retrait ordonné, tandis que nous attendons les prochaines étapes du processus de ratification britannique », a tweeté le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, cette semaine, en ajoutant : « Il faut être deux pour valser ! » Le président français, Emmanuel Macron, a réitéré la position qu’il défend de longue date, selon laquelle une extension ne sera accordée que pour une bonne raison. « Nous ne pourrons en aucun cas accepter une extension sans une perspective claire », a-t-il déclaré cette semaine. La chancelière allemande, Angela Merkel, s’est montrée un peu plus optimiste : « Si le Royaume-Uni a besoin de plus de temps, nous ne refuserons pas » (EUROPE 12203).
Une brève extension de la période de négociation prévue à l’article 50 ne serait pas très problématique pour l’UE. Ou, comme Larissa Brunner et Fabian Zuleeg de l’European Policy Centre l’ont écrit cette semaine, « une extension technique unique de plusieurs semaines, jusqu’aux élections européennes ». Ils avancent qu’une extension plus longue pourrait faire perdre à l’UE son levier politique et la contraindrait à mener une campagne électorale « toxique » au Royaume-Uni (étant donné que les juristes européens ont tous convenu que tous les États membres de l’UE doivent tenir des élections).
Selon les dernières projections du Parlement européen, les partis eurosceptiques (combinés) occuperaient environ 150 sièges, plus que les socialistes et presque autant que le Parti populaire européen (voir autre nouvelle). Une élection par procuration sur le Brexit à l’arrière-plan pourrait facilement accroître ce chiffre – même si les députés britanniques ne prendront jamais leurs sièges. Et même si le Royaume-Uni refuse d’organiser ces élections, les travaux de l’UE ne peuvent pas être retardés, selon un conseil confidentiel émis par les juristes internes du Parlement (comme l’a relevé le Financial Times).
L'eurodéputé belge Philippe Lamberts avance que, si le prochain vote significatif échoue, dans ce cas, « le Royaume-Uni devra demander une extension de l’article 50 avec un plan crédible pour organiser un vote populaire sur l’accord final qui comprend une option de maintien ».
Ce genre de raisonnement – ainsi que le soutien croissant au Royaume-Uni en faveur d’un second référendum sur le Brexit – a définitivement déstabilisé les députés conservateurs durs, qui craignent que le choix repose désormais entre l’accord de Theresa May ou un Brexit sans accord. Ils ont envoyé un message fort au gouvernement cette semaine lorsqu’une centaine de députés d’arrière-ban se sont prononcés contre ou se sont abstenus sur l’amendement destiné à empêcher une sortie sans accord. Quant à l’ancien ministre chargé du Brexit, Dominic Raab, il a déclaré dans l’émission Today de la BBC Radio, vendredi, qu’une sortie « sans accord » pourrait même être une réussite.
Que se passe-t-il chez les Travaillistes ? En dehors d’un revirement politique en faveur d’un (possible) second référendum, le parti fait face à d’accablantes accusations d’antisémitisme qui, en plus du Brexit, lui coûtent neuf députés (dont huit sont partis pour former un « groupe indépendant » avec quelques transfuges conservateurs).
Toute cette agitation laisse les citoyens et les entreprises dans la confusion la plus totale. Selon Theresa May, les droits des trois millions de citoyens européens vivant au Royaume-Uni seront protégés, même en cas d’absence d’accord, alors que l’UE s’est engagée, du moins temporairement, à préserver tous les droits en matière de sécurité sociale et de citoyenneté dans ces mêmes conditions. L’UE a toutefois refusé une autre demande britannique visant à retirer l’accord relatif aux citoyens de l’accord de retrait (« rien n’est convenu tant que tout n’est pas convenu »).
Ce que nous savons donc avec certitude, c’est que personne ne peut prédire la suite des événements. (Version originale anglaise par Sarah Collins)