Washington a publié, jeudi 28 février, ses objectifs de négociation d’un accord de libre-échange (ALE) avec Londres.
Alors que l’Union européenne et le Royaume-Uni tardent à définir les termes de leur future relation commerciale, le bureau du Représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, veut pousser sa chance pour obtenir de nouvelles parts de marché, principalement agricoles, et introduire des éléments de son modèle réglementaire.
Visant à « assurer un accès complet au marché pour les produits agricoles américains au Royaume-Uni », le chapitre sur l’agriculture est parmi ceux où la position américaine est des plus offensives. Le Royaume-Uni est en effet importateur net de produits agroalimentaires, dont 30 % sont originaires de l’UE, contre seulement 4 % du continent nord-américain en 2017.
Ces nouvelles négociations offrent donc à Washington l’occasion de se tailler une part plus importante de ce marché, en particulier pour les produits carnés, mais aussi les boissons ou les fruits et légumes. Sont donc visées, dans les objectifs, non seulement l’élimination des droits tarifaires, mais celle des barrières non tarifaires, en promouvant une « plus grande compatibilité réglementaire […] y compris par le biais d'une coopération réglementaire » et l’ouverture du marché britannique aux organismes génétiquement modifiés (OGM).
Sur les normes sanitaires et phytosanitaires, les négociations offriront l'occasion aux États-Unis d’encourager les Britanniques à un rapprochement de leurs réglementations respectives. Ceci permettrait de réduire le coût de pénétration des produits américains sur le sol britannique – avec, pour corollaire, l’augmentation de ces coûts pour les exportateurs européens.
Finalement, les indications géographiques (IG) européennes ayant toujours déplu aux Américains, l’ALE se devra d’« empêcher que l’accès au marché des produits américains ne soit compromis par l’utilisation abusive du système britannique de protection ou de reconnaissance des indications géographiques ».
Washington souhaite aussi « développer de nouvelles approches dans les domaines commerciaux émergents », tels que le commerce numérique et les services financiers. Les négociations sur les services se feront sur base d’une liste négative.
Également inédit : les Britanniques sont aussi invités à ne pas manipuler leur monnaie.
Finalement, le texte des objectifs met en garde le partenaire britannique s’il était tenté par des négociations commerciales avec la Chine : les États-Unis pourront « prendre les mesures qui s'imposent, si le Royaume-Uni négocie un accord de libre-échange avec un pays non marchand ». (Hermine Donceel)