En réponse au ralentissement de la croissance économique observé depuis l'automne 2018, la Commission européenne a revu sensiblement à la baisse, jeudi 7 février, ses prévisions de croissance au niveau de la zone euro et de l'Union européenne à vingt-sept post-Brexit, celles-ci diminuant respectivement de 1,9 % à 1,3 % du PIB et de 2,0 % à 1,5 % (idem dans une UE à vingt-huit) du PIB par rapport à ses prévisions d'automne 2018.
La révision à la baisse est particulièrement nette pour l'Italie, dont la croissance du PIB a été ramenée de 1,2 % à 0,2 % pour 2019. Ces nouvelles prévisions posent des questions sur le respect des engagements budgétaires italiens pour cette année (EUROPE 12165).
À l'opposé, l'embellie se poursuit pour la Grèce, le seul pays de la zone euro avec Malte pour lesquels les prévisions de croissance ont été revues à la hausse.
Le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a tiré plusieurs enseignements de ces nouvelles prévisions. Les fondamentaux économiques restent « robustes », la croissance demeurant positive dans tous les États membres en 2019. D'après lui, la Commission croit en « un léger rebond » fin 2019 et à « une accélération » en 2020. L'année prochaine, la croissance atteindrait 1,6 % du PIB dans la zone euro et 1,8 % dans l'UE à vingt-sept (1,7 % dans l'UE à vingt-huit).
Pour 2019, les risques baissiers dominent clairement désormais, avec les fortes tensions commerciales internationales, mais aussi des « facteurs internes » à l'UE tels que « la baisse de la production de voitures en Allemagne, les tensions sociales observées en France et l'incertitude forte quant à la politique budgétaire de l'Italie », a souligné M. Moscovici.
Parmi les bonnes nouvelles figurent les chiffres de l'emploi qui sont « au beau fixe », d'après M. Moscovici, qui a fait état d'un « plus haut taux jamais observé dans la zone euro ». La hausse de l'emploi stimule l'augmentation des salaires, qui, elle-même, alimente la consommation des ménages, « principal moteur de la croissance » dans la zone euro, a-t-il observé.
Et l'investissement devrait continuer à être « soutenu » grâce à des « conditions de financement attractives », la normalisation « très progressive » de la politique monétaire accommodante de la BCE, et la baisse des prix de l'énergie (baisse du prix du pétrole évaluée à -14 % en 2019 par rapport à 2018).
Sur le front de l'inflation, la Commission revoit, là aussi, à la baisse ses prévisions pour 2019, situant désormais la hausse des prix sur base annuelle à 1,4 % dans la zone euro et à 1,6 % dans l'UE27 (idem pour l'UE28). D'après elle, la hausse des salaires permettra une hausse graduelle de l'inflation sous-jacente (hors prix énergétiques et des denrées alimentaires) cette année.
Incertitudes italiennes. Alors qu'elle est entrée en récession technique fin 2018 (deux trimestres successifs de croissance négative) en raison d'une consommation et de l'investissement en berne, l'économie italienne devrait stagner cette année (+0,2 % du PIB) pour légèrement repartir de l'avant en 2020 (+0,8 %).
M. Moscovici a refusé d'en tirer un enseignement quant au respect par Rome de ses engagements budgétaires (déficit public nominal à 2,04 % du PIB) alors que le budget italien pour 2019 est basé sur une prévision de croissance de 1,0 % du PIB. Estimant qu'il n'y avait aucune raison de se précipiter, il a indiqué que des conclusions seront tirées en temps voulu au printemps, lorsque les données budgétaires seront affinées et validées, conformément au processus budgétaire du 'Semestre européen'.
Néanmoins, le commissaire a noté qu'« en toute hypothèse, il ne semble pas que l'expansion keynésienne se matérialise de façon forte », malgré la baisse des coûts de refinancement de la dette italienne. « Cela devrait inciter à réfléchir », a-t-il souligné, alors que le gouvernement italien est en train de concrétiser ses coûteuses promesses de campagne avec la création d'un revenu minimum citoyen et une réforme des retraites.
À Rome, le gouvernement italien a fait savoir, jeudi, qu'il maintenait inchangées ses propres prévisions de croissance. D'après le ministre italien des Finances, Giovanni Tria, la Commission a seulement pris acte d'une conjoncture économique pire que prévu.
La révision à la baisse de la croissance économique est également forte en Allemagne où la croissance du PIB devrait être ramenée de 1,8 % à 1,1 % en 2019.
En France, la décélération semble réelle, mais moins forte, la prévision de croissance de la Commission pour le pays passant de 1,6 % à 1,3 % du PIB. Pour M. Moscovici, les mesures de soutien à la consommation décidées fin 2018 par le gouvernement français sous la pression du mouvement des 'gilets jaunes' alimenteront la consommation privée. Il a fait une distinction entre ces mesures et celles décidées par le gouvernement italien.
Comme il a distingué la situation budgétaire française, qui prévoit un déficit public au-dessus de 3 % du PIB (EUROPE 12163), et la situation budgétaire italienne, avec un déficit certes en dessous de 3 % du PIB, mais un endettement public élevé combiné à une croissance faible.
Parmi les bons élèves de la zone euro, le commissaire a mentionné l'Espagne dont la croissance devrait encore atteindre 2,1 % du PIB en 2019 et la Grèce (+2,2 % du PIB). En zone euro, la croissance la plus forte sera observée à Malte (+5,2 %), en Irlande et en Slovaquie (+4,1 %) et à Chypre (+3,3 %). Dans le reste de l'UE, les meilleures performances devraient être observées en Roumanie (+3,8 %), en Bulgarie (+3,6 %) et en Pologne (+3,5 %).
Quant au Royaume-Uni, les prévisions économiques de la Commission sont basées sur le postulat de relations commerciales inchangées avec l'UE. La croissance britannique devrait atteindre 1,3 % du PIB tant en 2019 qu'en 2020.
Plus d'informations : http://bit.ly/2MS3qmt. (Mathieu Bion)