À moins de deux mois du jour du Brexit, un accord semble toujours aussi difficile à atteindre. Si ce n’est pas le 29 mars, quand et comment aura-t-il lieu ?
Pour la première fois, les ministres et hauts fonctionnaires du gouvernement britannique ont ouvertement évoqué, cette semaine, une (brève) extension de la période de négociation prévue à l’article 50. Jeremy Hunt, le ministre britannique des Affaires étrangères, a déclaré à la BBC Radio que le Royaume-Uni pourrait avoir besoin « d’un peu plus de temps » au cas où les négociateurs ne parviendraient qu’à la mi-mars à conclure un accord, que les parlements européen et britannique devraient encore approuver. Il semble que les responsables politiques britanniques se trouvent désormais au même stade que l’UE il y a presque un an quant à une extension « technique » de l’article 50, qui se prolongerait probablement jusqu’à l’été.
Cependant, l’UE ne manifeste que peu d’enthousiasme à l’idée de procéder à une extension « technique » qui ne donnera aucun résultat et elle durcit sa position suite à une série de votes non contraignants organisés au Parlement britannique cette semaine (EUROPE 12183).
Le vote le plus important, proposé par l’influent député conservateur d’arrière-ban Graham Brady, demandait que le filet de sécurité pour la frontière irlandaise soit supprimé en faveur d’« accords alternatifs afin d’éviter une frontière dure ». L’amendement Brady a été adopté à une majorité de seulement 16 voix, mais bénéficie du soutien du Premier ministre, qui retournera donc à Bruxelles dans un avenir proche (date à confirmer).
L’accueil qui lui sera réservé risque toutefois de ne pas être très chaleureux. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a répété aux députés européens que l’accord « ne sera pas renégocié » et a ajouté au sujet de l’amendement Brady : « Un concept n’est pas un plan. Ce n’est pas une solution opérationnelle. » Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE, a repris les commentaires de M. Juncker en se déclarant surpris que le Premier ministre « se soit distanciée de l’accord qu’elle a elle-même négocié ».
Des fonctionnaires et responsables politiques danois, allemands et irlandais ont adopté une position très ferme sur la question du filet de sécurité, alors que Ian Blackford, député du Parti national écossais, a été jusqu’à accuser le Parti conservateur d’avoir « véritablement déchiré l’accord du Vendredi saint » en essayant d’éviter cette option.
Le Premier ministre, Madame Theresa May, a désormais deux tâches à accomplir : essayer d’obtenir le soutien de plusieurs partis pour son accord et convaincre l’UE de rouvrir les négociations, du moins sur la future relation. Mais pour y parvenir, le gouvernement britannique devra quelque peu modifier sa politique au sujet du Brexit et davantage privilégier des liens plus étroits avec l’UE, ce qui ne plaira pas aux partisans du Brexit, qu’ils soient conservateurs ou travaillistes. Selon des analystes d’Eurasia Group, le résultat le plus probable sera « une union douanière permanente, suite à une brève extension de l’article 50 », mais ils n’excluent pas un second référendum, des élections législatives ou une absence d’accord.
Les chambres du Parlement britannique ont annulé leur pause hivernale pour permettre à Mme May de proposer quelques modifications, provisoirement prévues pour le 13 février, alors qu’une nouvelle série de votes est attendue (probablement la semaine suivante).
Les relations entre l’UE et le Royaume-Uni ont été tendues cette semaine, et pas uniquement à cause des querelles qui animent Westminster. Des responsables britanniques accusent l’Espagne de prôner des termes « complètement inappropriés » au sujet de Gibraltar dans un texte européen relatif à la circulation sans visa après le Brexit. Une note de bas de page du projet de règlement – qui a été débattu par les ambassadeurs de l’UE vendredi matin (voir autre nouvelle) – qualifie Gibraltar de « colonie » britannique et fait état d’une « controverse » quant à sa souveraineté.
« Gibraltar fait partie intégrante du Royaume-Uni et entretient une relation constitutionnelle mature et moderne avec le pays », a déclaré un porte-parole du gouvernement britannique. (Version originale anglaise par Sarah Collins)