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Bulletin Quotidien Europe N° 12185
SÉCURITÉ - DÉFENSE / Armes

Les Européens inquiets du processus de retrait des États-Unis du Traité FNI

La Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et les ministres des Affaires étrangères des États membres ont fait part, vendredi 1er février, de leur préoccupation concernant l’annonce, par les États-Unis, de la suspension de leurs obligations au titre du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). 

Après une dernière réunion entre Russes et Américains qui n’a abouti à aucun progrès, jeudi 31 janvier, le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a annoncé, le 1er février, que Washington suspendait ses obligations liées au traité à compter du 2 février, et que son retrait serait effectif dans 6 mois, soit le 2 août prochain, si la Russie ne se soumet pas à ses obligations. 

Alors qu’elle avait déjà appelé à plusieurs reprises les parties à rester dans l’accord et à le respecter pleinement, Mme Mogherini a souligné que les Européens ne voulaient pas voir leur continent « redevenir un champ de bataille ou un endroit où d’autres grandes puissances s’affrontent ». 

Si le sujet n’a pas été discuté officiellement lors de la réunion informelle à Bucarest, il était sur toutes les lèvres. « Je ne suis pas seulement inquiète, je regrette aussi que le FNI appartienne au passé et ne fasse pas partie des relations actuelles », a résumé l’Autrichienne Karin Kneissl. 

« On est très inquiet [...] on est dans une spirale qui va du mauvais côté », a regretté le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn, auprès d'EUROPE et B2. Selon lui, ni les Russes ni les Américains n’ont intérêt à ce qu’il y ait « une dynamique vers le réarmement ». « C’est nous, les Européens, qui sommes coincés entre les deux. Un nouveau débat sur une spirale ascendante de l’armement en Europe serait catastrophique », a-t-il ajouté. M. Asselborn a espéré que les Russes et les Américains allaient poursuivre les discussions : « Il faut profiter de la période entre le 2 février et le 2 août pour faire en sorte que le dialogue entre la Russie et les États-Unis ne soit pas au point mort. » 

Le Belge Didier Reynders a appelé, lui aussi, au dialogue. « On doit vraiment voir comment continuer à travailler avec la Russie pour éviter la prolifération » et, selon lui, l’UE pourrait « tenter de jouer un rôle, peut-être, un peu plus de premier plan ici dans une discussion avec la Russie sur la non-prolifération ». 

« La sortie n’est pas la bonne solution […] on aimerait plutôt pouvoir reprendre un véritable dialogue. J’espère que nos collègues américains, même en dehors du traité, vont continuer à travailler à ce dialogue avec la Russie. Ce n’est pas en sortant du cadre multilatéral que l’on va réussir à avoir plus de pression, plus d’efficacité dans la lutte contre la non-prolifération », a-t-il prévenu. 

Selon le ministre hongrois, Péter Szijjártó, « la sécurité dans la région du Centre-Est européen est une coopération pragmatique entre l'Est et l'Ouest [...] tout ce qui sape cette coopération pragmatique n'est d'aucune utilité ». 

Les ministres lituanien, Linas Linkevičius, et letton, Edgars Rinkēvičs, ont, eux, mis en cause la Russie. « Moins de stabilité et plus d'incertitude, c'est mauvais. Mais quelle est l'option ? Quelle est la recette pour s'assurer que les pays s'engagent à respecter les engagements qu'ils ont pris ? » s’est interrogé Linas Linkevicius. « Je blâmerais une partie [au traité, mais] pas les États-Unis. Pendant des années, ils ont fait des demandes, ils ont insisté... rien n’a changé », a-t-il rappelé. (Camille-Cerise Gessant)

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