Un sommet additionnel se tiendra, les 17 et 18 novembre, seulement si la négociation avec Londres menant au Brexit n’est pas bouclée les 18 et 19 octobre lors du prochain sommet européen. C’est le calendrier que se sont fixé, jeudi 20 septembre à Salzbourg, les Vingt-sept.
Ce calendrier repose sur le postulat que Londres aura fourni à l'UE, d’ici là, toutes les assurances sur la question du filet de sécurité ('backstop') destiné à éviter le retour d'une frontière physique entre l’Irlande et l’Irlande du Nord et amélioré ses positions sur la future relation économique bilatérale.
Le Livre blanc du 12 juillet contient à la fois des avancées, notamment sur la sécurité, mais aussi des pistes de travail jugées inacceptables par l’UE (EUROPE 12061).
Malgré tout, l'optimisme était de mise parmi les Vingt-sept, jeudi à Salzbourg. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, s’est en effet dit légèrement « plus optimiste » sur le fait qu’un accord pourrait intervenir avec Londres avant fin 2018, sans toutefois écarter la possibilité d’un échec, synonyme de sortie désordonnée du Royaume-Uni de l'UE.
M. Tusk a résumé les éléments fondamentaux de la position des Vingt-sept : le respect de l'intégrité du marché intérieur ainsi qu’un filet de sécurité solide, opérationnel et juridiquement contraignant. « Il faudra plus que de la bonne volonté » pour y parvenir, a-t-il prévenu.
Sur la question irlandaise, le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, avait annoncé la veille qu’elle présenterait prochainement une nouvelle proposition de 'backstop', sans doute après le Congrès du parti conservateur début octobre.
Plus tôt cette semaine, le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, avait indiqué que plusieurs façons de faire des contrôles sur les marchandises pouvaient être envisagées (EUROPE 12099). Son équipe travaille d'arrache-pied pour clarifier quels types de contrôles pourraient correspondre à quels types de biens.
« Une solution 100 % sans contrôle et sans friction n’est pas possible », a toutefois insisté une autre source jeudi matin, admettant qu’il convenait de rendre le mécanisme en gestation le plus souple possible.
Mme May en a aussi convenu à l'issue de la réunion de Salzbourg : il « n’existe pas de solution » qui résolve la question irlandaise et repose « sur un mouvement de biens sans entrave ».
Sur la future relation avec le Royaume-Uni après le Brexit, les Vingt-sept ont en tout cas convenu qu’elle devait apporter « autant de clarté que possible », a ajouté Donald Tusk. Et cette future relation, sur son volet économique, ne pourra pas reprendre les idées du Livre blanc britannique jugées impraticables, comme la collecte des droits de douane au nom de l’UE par le Royaume-Uni et un ensemble de règles communes spécifiques aux biens et au secteur agroalimentaire, mais pas pour le secteur des services.
Le cadre proposé « ne marchera pas », a jugé Donald Tusk, car il « saperait le marché unique ».
Pour le Polonais, le Conseil européen d’octobre sera donc « le moment de vérité ». Et ce n’est qu’à ce moment-là que pourrait être décidée la tenue d'un sommet extraordinaire. Plusieurs sources signalent toutefois qu'un tel sommet extraordinaire permettrait d'élever l'accord de retrait britannique au même rang que le sommet marathon qui avait permis, en février 2016, à M. Cameron de négocier une relation spécifique avec l'UE (EUROPE 11495).
Plusieurs chefs d’État ou de gouvernement de l'UE ont réitéré l’unité de vue avec les négociateurs et leur soutien à Michel Barnier.
Le Livre blanc de Chequers « est une bonne chose » et correspond à « une démarche courageuse de Mme May », a expliqué le président français, Emmanuel Macron. Mais les propositions économiques « ne sont pas acceptables en l'état », a-t-il estimé. La chancelière allemande, Angela Merkel, a souhaité qu'un accord soit trouvé dès octobre.
Le Premier ministre belge, Charles Michel, a dû balayer les rumeurs qui le disent moins intransigeant vis-à-vis des Britanniques. « Bullshit ! », a-t-il répondu au journal Le Soir à son départ de Salzbourg.
Quant aux Premiers ministres maltais et tchèque, Joseph Muscat et Andrej Babiš, ils ont exprimé leur souhait qu’un second référendum soit organisé au Royaume-Uni sur cette sortie de l’UE. Un souhait douché par Mme May, qui a réitéré avec force qu'aucun nouveau référendum sur la sortie de son pays n'aurait lieu. (Solenn Paulic avec Mathieu Bion)