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Bulletin Quotidien Europe N° 12086
INSTITUTIONNEL / Pe2019

Nomination des Spitzenkandidaten, mode d'emploi

En vue des élections européennes de mai 2019, les principales familles politiques nommeront fin 2018 ou début 2019 leur(s) candidat(e)(s) tête de liste, les Spitzenkandidaten, une innovation électorale ayant permis de personnaliser la campagne de 2014, malgré les réticences des chefs d'État ou de gouvernement de l'UE. 

L'idée est simple : les partis européens nomment à l'avance leur candidat(e) tête de liste et, en cas de victoire aux élections européennes, cette personne est nommée à la présidence de la Commission européenne. Objectif : stimuler la participation des citoyens européens à des élections pour lesquelles ceux-ci se mobilisent peu. 

Fin 2014, l'ancien Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, préalablement adoubé par le Parti populaire européen (PPE), avait été nommé à la tête de l'institution européenne. 

Le PPE ayant remporté les élections, le Conseil européen s'était en effet inspiré du résultat en désignant, en juin 2014, M. Juncker (EUROPE 11110) qui, après avoir défendu un programme de travail, avait reçu l'aval du Parlement européen en juillet pour former le Collège des commissaires (EUROPE 11122). 

Depuis la Commission 'Santer', fin des années 1990, les présidents de la Commission ont toujours occupé auparavant la fonction de Premier ministre dans leur pays d'origine. 

Les groupes politiques pro-européens au Parlement européen sont très attachés au processus. Dans une résolution de février 2018, le PE s'est dit prêt à rejeter tout président désigné que suggérerait le Conseil européen et qui n'aurait pas été tête de liste d'une famille politique aux élections européennes de mai prochain (EUROPE 11956). 

Les leaders européens ne sont pas fondamentalement opposés à ce processus. Toutefois, soucieux de leurs prérogatives et désireux de garder une marge de manœuvre à la lumière des résultats électoraux à venir, les Vingt-sept - le Royaume-Uni ne participera pas aux premières élections post-Brexit - refusent toute automaticité leur imposant de désigner forcément le Spitzenkandidat de la famille politique ayant remporté les élections européennes à la tête de la Commission européenne (EUROPE 11968). 

Pour les élections européennes de mai 2019, les principales familles politiques ont arrêté le calendrier de désignations de leur Spitzenkandidat. Les tractations vont bon train sur les candidats éventuels. Petit tour d'horizon. 

PPE. Au sein des chrétiens-démocrates, les candidats ayant le soutien de leur propre parti et d'au moins deux autres partis de deux États membres différents pourront déposer leur candidature à partir de jeudi 6 septembre et jusqu'au mercredi 17 octobre. Ils prononceront un discours lors du Congrès du PPE, mercredi 7 novembre à Helsinki, en vue du vote programmé le lendemain. Sera élu le candidat ayant obtenu la majorité absolue lors du premier tour, ou celui des deux candidats finalistes ayant obtenu le plus de voix au premier tour. 

À Helsinki, le PPE n'adoptera pas de manifeste pour les élections à venir. L'idée est en effet d'impliquer le Spitzenkandidat dans la rédaction du programme électoral qui sera arrêté en février 2019. 

En 2014, M. Juncker avait devancé deux concurrents, le Français Michel Barnier et le Letton Valdis Dombrovskis, actuel commissaire européen. Le Luxembourgeois avait renvoyé l'ascenseur au Français en le nommant négociateur en chef de l'UE sur le Brexit (voir autre nouvelle). 

À ce jour, aucune personnalité du PPE ne s'est déclarée officiellement candidate. Plusieurs noms circulent parmi lesquels Michel Barnier, Valdis Dombrovskis et les anciens premiers ministres finlandais, Alexander Stubb, et irlandais, Enda Kenny. D'après la presse allemande, la chancelière Angela Merkel aurait adoubé le président du groupe PPE au PE, Manfred Weber. 

PSE. Le Parti socialiste européen (PSE) se met lui aussi en ordre de bataille. Ses partis membres ont jusqu'au jeudi 18 octobre à minuit pour nommer leur poulain. Celui-ci devra être soutenu par son parti d'origine et un quart des 33 partis et 5 organisations membres du PSE. 

Les nominations valides seront annoncées vendredi 26 octobre. En cas de candidature multiple, l'élection interne se déroulera samedi 1er décembre. La confirmation de la nomination du candidat tête de liste des sociaux-démocrates aura lieu lors du Congrès du PSE, les vendredi 7 et samedi 8 décembre à Lisbonne. 

En 2014, le président sortant du PE, l'Allemand Martin Schulz, s'était imposé naturellement. Cette fois, aucune personnalité ne sort véritablement du lot. À ce jour, seul l'actuel commissaire à l'Union de l'énergie, le Slovaque Maroš Šefčovič, a publiquement fait part de son intérêt. D'autres noms circulent tels que le Français Pierre Moscovici et le Néerlandais Frans Timmermans, actuels commissaires européens. Certains pensent encore à l'ancien Premier ministre danois, Mme Helle Thorning-Schmidt. Cet été, le Belge Paul Magnette a officiellement dit qu'il n'était pas candidat, tandis qu'Udo Bullmann, président du groupe S&D au PE, n'est pas intéressé. 

ACRE. L'Alliance des conservateurs et des réformistes en Europe (ACRE) n'avait pas désigné de candidat tête de liste en 2014. Ses membres s'opposent à l'idée qu'il revienne aux citoyens européens, et non aux chefs de gouvernement, de nommer le président de la Commission européenne. 

« Cette fois, nous avons décidé d'être impliqués afin de faire partie du débat et de promouvoir nos propres idées », a indiqué un porte-parole. 

Relativement informelle, la procédure devrait être conclue à la fin de septembre ou début octobre. S'est déjà officiellement déclaré candidat le Tchèque Jan Zahradil. 

ADLE. Contrairement au PPE, les libéraux adopteront leur manifeste de campagne avant de désigner leur Spitzenkandidat. Le programme électoral sera adopté lors du Congrès du parti ADLE du jeudi 8 au samedi 10 novembre à Madrid. 

Les candidats à l'investiture, qui doivent être soutenus par trois partis de trois États membres différents, pourront se manifester jusqu'au 1er février 2019, la nomination étant prévue en février 2019. Pour être élu, il faut recueillir plus de la moitié des voix au premier tour, un deuxième tour entre les deux candidats ayant recueilli le plus de voix pouvant être organisé. 

En 2014, l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt avait défendu les couleurs libérales. Il pourrait tenter à nouveau l'aventure. D'autres noms circulent, tels que l'actuelle commissaire à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, voire le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, dont le mandat arrive à échéance en octobre. 

L'un des enjeux pour la famille libérale sera de déterminer la compatibilité de ses idées avec celles du mouvement pro-européen initié par le président français, Emmanuel Macron, qui n'appartient à aucun parti politique tant au niveau français qu'européen. 

« Beaucoup, au sein de l'ADLE, savent que, si le Spitzenkandidat n'est pas 'Macron-compatible', ce sera problématique », a indiqué une source parlementaire libérale. 

European Greens. L'originalité du processus enclenché par le Parti vert européen réside dans une candidature bicéphale permettant, comme en 2014, de désigner deux personnalités qui défendront les priorités des écologistes. 

Alors qu'aucune personnalité ne s'est officiellement portée candidate à ce stade, la date limite pour les candidatures est fixée à mi-septembre. La désignation des deux têtes de liste aura lieu lors du Congrès du parti, qui se tiendra du vendredi 23 au dimanche 25 novembre à Berlin. 

En 2014, l'Allemande Ska Keller et le Français José Bové avaient été nommés. Il semblerait que l'actuelle coprésidente du groupe Verts/ALE au PE soit à nouveau prête à en découdre. Son binôme pourrait être une autre femme, le nom de la Belge Petra De Sutter étant parfois évoqué. 

Le Belge Philippe Lamberts, coprésident du groupe Verts/ALE au PE, a dit à EUROPE qu'il ne souhaite pas être désigné Spitzenkandidat, mais il sera candidat en Belgique. 

Gauche européenne. Le Parti de la gauche européenne n'organisera pas de congrès spécifique en vue des élections européennes de 2019. Il pourrait désigner sa tête de liste lors d'une assemblée générale de ses membres qui se tiendra dimanche 30 septembre à Bruxelles. 

En 2014, le leader du mouvement de Syriza, le Grec Alexis Tsipras, avait été nommé Spitzenkandidat pour le Parti de la gauche européenne. 

À ce stade, aucune candidature n'a été officialisée. Figure parmi les candidatures possibles celle de l'Allemand Gregor Gysi. 

Dans les rangs eurosceptiques et europhobes, l'heure ne semble pas à la désignation de Spitzenkandaten. L'Alliance pour la démocratie directe en Europe (ADDE), auquel appartiennent les partis britannique UKip et français Debout la France, « n'existe plus, elle est en liquidation », a indiqué Mischaël Modrikamen du Parti populaire belge. 

Quant au parti Europe des nations et des libertés, il apparaît peu probable qu'il participe à un processus qu'il considère comme illégitime. Le leader italien de la Lega, Matteo Salvini, a néanmoins proposé une ligue des Ligues en Europe afin de promouvoir les idées souverainistes aux prochaines élections européennes. (Mathieu Bion)

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