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Bulletin Quotidien Europe N° 12086
ACTION EXTÉRIEURE / Serbie/kosovo

Les ministres de l'UE plutôt inquiets quant à un possible échange territorial à l'amiable

Les ministres des Affaires étrangères se sont montrés prudents, voire inquiets, vendredi 31 août à Vienne, lors du Conseil en format Gymnich, concernant un changement de frontières dans le cadre d’un accord entre la Serbie et le Kosovo. 

Si la semaine dernière le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, avait laissé sous-entendre que toutes les options étaient sur la table (EUROPE 12082), il a prévenu cette fois qu’une solution serait acceptée par l’Europe et la communauté internationale uniquement si elle contribuait à « plus de stabilité » dans toute la région. 

Mme Mogherini a, elle aussi, souligné les lignes rouges européennes. Elle a ainsi rappelé que l’accord entre le Kosovo et la Serbie serait soutenu s’il est « conforme au droit international et à l'acquis communautaire ». « Vous connaissez très bien l'histoire de l'UE, fondée sur le dépassement et la prévention de toute idée d'États nations ethniquement purs. J'espère que cela rassure tous ceux qui s'inquiètent à propos d’idées qui circulent » actuellement, a-t-elle précisé. 

En effet, à leur arrivée au Gymnich, plusieurs ministres se sont inquiétés d’une possible modification territoriale dans le cadre d’un accord. Le ministre finlandais, Timo Soini, a estimé qu’il s’agissait d’une question « très compliquée ». « Nous devons être très prudents et ne pas créer de nouveaux problèmes », a-t-il prévenu. Il a refusé de donner « le mot de la fin », tout en précisant que « cela pourrait être un peu risqué, si ce n’est pas préparé de façon adéquate ». 

Des risques de conflits ethniques

Le Luxembourgeois Jean Asselborn a mis en garde « par principe » au sujet d'un échange de territoires. « Cela peut avoir des conséquences très négatives pour les pays de cette région et on doit être très prudent », a-t-il expliqué. 

« Il y a eu beaucoup de réticence à l'égard des accords fondés sur une sorte de délimitation ethnique des territoires. L'Europe n'a pas été construite pour des entités culturellement et ethniquement monolithiquement homogènes, elle a été construite pour aider différentes personnes à vivre ensemble », a rappelé l’Espagnol Josep Borrell i Fontelles, ajoutant que des « solutions passant par une sorte d'adaptation ethnique du territoire » soulevaient de « nombreuses réticences logiques ». 

Même inquiétude pour leur homologue allemand, Heiko Maas. « Nous ne considérons pas comme un objectif de mener une discussion sur un échange de territoires entre le Kosovo et la Serbie », a expliqué le ministre. « Cela pourrait ouvrir de vieilles blessures au sein de la population et c’est pour cela que nous sommes très sceptiques sur ce point », a-t-il ajouté. 

La ministre autrichienne, Karin Kneissl, a, elle, fait un parallèle avec la situation en Bosnie-Herzégovine et avec la décolonisation en Afrique. « Je ne vais pas devancer les intentions [des présidents serbe et kosovar qui se rencontrent de nouveau le 7 septembre à Bruxelles, NDLR], mais je me souviens de l’attitude, par exemple, qu’avaient les États africains après la décolonisation dans les années '60, il y avait été clairement décidé [...] de ne pas commencer à discuter des changements de frontière parce qu’après, on ouvrirait les boîtes de Pandore sur le continent africain », a-t-elle rappelé. 

Laisser les deux parties négocier

Le ministre belge, Didier Reynders, s’est montré plus ouvert. Selon lui, il appartient à Belgrade et Pristina de discuter, « de voir quels sont les éléments d’un accord ». « Ce n’est pas à l’UE de donner l’orientation sur le contenu », a-t-il expliqué, précisant que la négociation devait se faire entre les deux pays et que l’UE ferait tout pour la faciliter. « Il faut maintenant avoir un accord entre les deux parties pour que du côté serbe on puisse reconnaître le Kosovo et que les deux pays progressent vers l’UE », a-t-il ajouté. 

Cinq États membres (Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie et Slovaquie) de l’UE ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo. Selon le Roumain Teodor Meleșcanu, une « compréhension mutuelle » entre Pristina et Belgrade « aiderait aussi fortement les autres pays qui ne reconnaissent pas le Kosovo à arriver à la décision définitive sur cela ». 

De son côté, Mme Mogherini s’est contentée de rappeler que les négociations étaient « difficiles », tout en espérant qu'elles puissent aboutir avant la fin du mandat de la Commission européenne, fin octobre 2019. (Camille-Cerise Gessant avec Pascal Hansens)

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