Les ministres de l’Intérieur de l’UE ont tenté de préciser l'accord des chefs d’État et de gouvernement sur la façon de gérer les flux migratoires vers l’UE, jeudi 12 juillet à Innsbruck (EUROPE 12052, 12051).
Mais ils ne sont pas parvenus à mettre au point, dans les pays tiers, des modèles concrets de plateformes de débarquement de migrants secourus dans les eaux internationales, ni à identifier quels États membres seraient volontaires pour accueillir sur leur territoire des centres contrôlés de migrants recueillis dans leurs eaux territoriales ou celles d'un État membre.
L’Autriche a toutefois dit avoir reçu un soutien concernant la nouvelle piste de travail suivante : l'ouverture de centres de retour dans les pays tiers en vue de récupérer les déboutés du droit d’asile déjà présents dans l’UE. Les zones où ces centres pourraient être créés (Balkans, Afrique ?) n'ont pas été précisées.
Cette discussion informelle d'Innsbruck ne visait à ce stade qu’à échanger les points de vue. Mais, il s’agissait d’« utiliser la dynamique qui existe actuellement pour avancer dans la bonne direction », a résumé le ministre autrichien de l’Intérieur, Herbert Kickl, en conférence de presse.
Selon lui, elle a aussi permis de dégager un consensus sur quelques éléments. Le premier d’entre eux tient au renforcement des moyens et du mandat du Corps européen de gardes-frontières et de gardes-côtes (Frontex), qui fera l'objet d'une proposition spécifique de la Commission en septembre (EUROPE 12057).
Sur la question des retours, il y aurait aussi unanimité des ministres pour dire qu’il faut mettre en place un système à la fois incitatif et de « sanctions » pour les pays tiers d’origine et de transit qui ne veulent pas réadmettre leurs ressortissants ne pouvant prétendre à l'asile dans l'UE.
Il faudra ensuite « travailler intensivement sur les plateformes de débarquement » et entamer ce travail avec les pays d’Afrique du Nord qui sont envisagés pour ces dispositifs, a dit le ministre autrichien. Ces plateformes devront tenir la route sur le plan juridique et « nous aider dans nos relations avec les pays tiers », a-t-il ajouté.
M. Kickl n’a en revanche pas dit un mot ni évoqué de progrès particuliers sur les centres contrôlés dans l’UE, que peu d’Etats membres veulent d’ailleurs mettre en place sur leur territoire.
Pour le commissaire aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, cette première journée a été très fructueuse : elle a permis de redire la nécessité de trouver des solutions communes pour renforcer Frontex et faciliter les actions de retour qui seront développées dans des propositions à venir.
Rappelant que l'UE « n’est pas dans une situation de crise migratoire », M. Avramopoulos a identifié trois domaines d’amélioration de l’action européenne : - la protection des frontières extérieures ; - la coopération avec les pays tiers dans les opérations de recherche et de sauvetage en mer, et ; - la modernisation du système d’asile européen et du système de retours.
Le commissaire s’est aussi montré extrêmement prudent sur les plateformes de débarquement qui devront respecter les normes internationales telles que la Convention de Genève. « Nous n’externalisons pas nos responsabilités » en matière d’asile et « rien ne sera imposé aux pays tiers » ni d’ailleurs aux pays européens, a-t-il martelé.
Le commissaire ne s’est en revanche pas prononcé sur ces éventuels centres hors UE accueillant des migrants en vue de leur renvoi.
« Ce n’est pas notre idée et nous n’avons pas eu le sentiment que cela avait eu beaucoup de soutien », a relaté plus tard une source de la Commission, suggérant par ailleurs que renvoyer dans un pays intermédiaire hors UE les déboutés du droit d’asile pourrait ne pas être légale.
Que retenir de cette réunion ministérielle informelle ? « La discussion a été beaucoup plus apaisée » qu’attendu, a commenté le ministre français, Gérard Collomb. Qui a soutenu l’idée de travailler avec les pays de transit en renforçant leur capacité d'interception de migrants illégaux.
Selon lui, ce que la France a imaginé au Niger, à savoir des points d’information pour les migrants tentés de rejoindre la Libye mais qui en seraient dissuadés après être passés dans ces centres, peut être réalisé « à grande échelle au niveau de l’UE »
L'alliance de 'ceux qui agissent'
Cette réunion a eu plusieurs vertus. D'abord, nourrir la pensée de la présidence autrichienne du Conseil qui va préparer une note pour les dirigeants européens en vue du sommet informel sur la migration, le 20 septembre à Salzburg.
Elle a surtout permis aux ministres allemand, Horst Seehofer, et italien, Matteo Salvini, de se mettre en avant, les deux hommes s’étant rencontrés la veille.
Dans une déclaration commune, l’Allemand a indiqué que les deux parties allaient travailler à mettre au point un accord bilatéral sur la gestion des flux secondaires de migrants au sein de l'espace Schengen, si possible fin juillet.
L’Italien, sans le contredire, a lui insisté sur le volet 'solidarité' via la répartition des migrants entre les pays de l‘UE.
Les deux hommes ont toutefois affiché le même objectif d’empêcher toute arrivée dans l’UE de migrants secourus en mer.
Jeudi matin, ils en ont discuté avec M. Kickl. Les trois responsables ont même scellé une alliance de 'ceux qui agissent'. Selon le ministre autrichien, cette alliance repose sur « un changement de paradigme » qui vise principalement à empêcher les gens de venir dans l’UE déposer des demandes d’asile et à être très clairs sur le sort qui leur sera réservé (renvoi possible vers des plateformes de débarquement dans des pays tiers) s’ils ne peuvent pas prétendre à la protection dans l'UE. (Solenn Paulic)