Les présidents de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, du Conseil européen, Donald Tusk, et le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord, Jens Stoltenberg, ont signé, mardi 10 juillet, une nouvelle déclaration commune sur la coopération entre l’UE et l’OTAN, quasiment deux ans jour pour jour après celle de Varsovie (EUROPE 11590).
Cette déclaration a pour objectif de « réaffirmer l’importance et la nécessité de la coopération et bien montrer que nos initiatives de sécurité et de défense tirent avantage les unes des autres ». « Vu les nombreux défis de sécurité, en constante évolution, auxquels les États membres de l’UE et ceux de l’OTAN sont confrontés à l’Est et au Sud, il est essentiel que nous poursuivions notre coopération, notamment s’agissant de la lutte contre les menaces hybrides et les cybermenaces, des opérations et de l’aide que nous apportons à nos partenaires communs », prévient la déclaration.
Les présidents et le secrétaire général se disent ainsi « déterminés à renforcer encore davantage notre coopération dans le cadre des propositions communes existantes ». L’UE et l’OTAN ont établi 74 actions communes et « il importe désormais de se concentrer sur la mise en œuvre », précise la déclaration. Selon la déclaration, les deux parties s’attachent en particulier à accomplir des progrès « rapides et tangibles » sur la mobilité militaire, la lutte contre le terrorisme, l’amélioration de la résilience face aux risques chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires et sur la promotion du programme pour les femmes, la paix et la sécurité.
Selon la déclaration, il est nécessaire de continuer d’assurer la cohérence, la complémentarité et l’interopérabilité des capacités développées dans le cadre des initiatives de défense de l’UE et de l’Alliance. « Ce partenariat est un pilier, un fondement de notre stratégie de défense et de sécurité, mais nous savons que nous devons en faire plus nous-mêmes », a reconnu M. Juncker, qui a insisté sur la complémentarité.
Si la déclaration salue les efforts déployés par l’UE, notamment par le biais de la coopération structurée permanente (CSP ou PESCO) et du Fonds européen de la défense, qui « rendront également l’OTAN plus forte et amélioreront ainsi notre sécurité commune », les Alliés restent prudents par rapport à l’autonomie de l’UE. M. Stoltenberg a rappelé que les efforts de l’UE étaient « complémentaires » et non pas une « alternative » à l’OTAN. « L'OTAN reste essentielle à la sécurité euroatlantique. Après le Brexit, 80 % des dépenses de défense de l'OTAN proviendront d'Alliés non membres de l'UE. C'est pourquoi nous devons également veiller à ce que les Alliés non membres de l'UE participent le plus possible à notre coopération. Et évitez de créer de nouveaux obstacles », a-t-il prévenu.
La déclaration rappelle donc que « la transparence est d’une importance cruciale », et encourage la participation « la plus large possible » des pays de l’Alliance qui ne sont pas membres de l’UE aux initiatives de celle-ci. Les États-Unis voient d’un mauvais œil que les Européens puissent développer des capacités propres et se détourner des achats américains. Les membres de la PESCO devraient s’accorder, en novembre, sur les règles de participation des pays tiers à cette coopération.
Alors que le président américain, Donald Trump, critique régulièrement l'insuffisance des dépenses des Européens en termes de défense – souvent inférieures à la 'règle des 2%' du PIB consacrée par l’OTAN – la déclaration estime que les efforts de l’UE « favorisent un partage équitable des charges, des avantages et des responsabilités, en totale conformité avec l’engagement en matière d'investissements de défense que ces pays ont pris ».
M. Tusk s'en prend à M. Trump
M. Tusk s’en est d’ailleurs assez violemment pris à M. Trump, « qui, depuis longtemps, critique presque quotidiennement l'Europe pour ses contributions insuffisantes aux capacités de défense communes et pour avoir vécu aux dépens des États-Unis ». « Aujourd'hui, les Européens dépensent beaucoup plus pour la défense que la Russie et autant que la Chine », a-t-il souligné ajoutant qu’il s’agissait « d'un investissement dans la défense et la sécurité communes américaine et européenne ». « Chère Amérique, appréciez vos alliés, après tout, vous n'en avez pas beaucoup. Et, chère Europe, dépensez plus pour votre défense, parce que tout le monde respecte un allié bien préparé et équipé », a-t-il ajouté.
M. Tusk a rappelé que, si l’argent était important, une véritable solidarité l’était encore plus, rappelant que les États-Unis avaient déclenché en 2011 l'article 5 sur la solidarité auquel les Européens avaient répondu. M. Tusk a demandé à M. Trump de se pas oublier cela lors du sommet de ces 11 et 12 juillet, et le 16, lors de sa rencontre avec le président russe, Vladimir Poutine. « Il est toujours intéressant de savoir : qui est votre ami stratégique ? Et qui est votre problème stratégique ? », a-t-il conclu.
La déclaration est disponible sur : https://bit.ly/2KNZWUf. (Camille-Cerise Gessant)