« L'Europe qui protège est le mot d'ordre » de la Présidence autrichienne du Conseil qui, tout en poursuivant l'agenda libre-échangiste de l'UE en cours, entend « faire primer la qualité » des accords de libre-échange sur le délai nécessaire pour les conclure, a souligné la ministre autrichienne pour les Affaires économiques et l'Économie digitale, Margarete Schramböck, devant le Parlement européen, mardi 10 juillet.
« L'UE ne peut accepter les droits punitifs instaurés par les États-Unis sur l'acier et l'aluminium. L’Autriche est une économie de petite taille et la moitié de nos emplois sont soutenus par les exportations. Nous ne voulons pas plus de contingents tarifaires d'importation, mais moins d’obstacles aux échanges commerciaux », a souligné d'emblée Mme Schramböck devant la commission du commerce international.
Faisant valoir la ratification récente par l'Autriche de l'accord de libre-échange UE/Canada (CETA), « un accord commercial de très bonne qualité », Mme Schramböck a assuré que la Présidence autrichienne voulait avant tout favoriser la prospérité, l’emploi et la croissance économique par le biais du commerce.
Outre stimuler les processus de signature et de ratification des accords de libre-échange conclus avec le Japon, Singapour et le Vietnam, la Présidence autrichienne soutiendra les premiers pas des pourparlers ouverts avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande, a-t-elle assuré.
Mme Schramböck a aussi promis d'œuvrer en faveur d'une « solution commune équilibrée » sur le projet de mécanisme communautaire de filtrage des investissements étrangers dans l'UE, sur lequel les pourparlers en trilogue entre le PE et le Conseil débutaient mardi. « Nous prendrons en compte les approches différentes », a-t-elle assuré, estimant que les clés de la proposition étaient la surveillance et la transparence.
Au plan multilatéral, Mme Schramböck a formulé le vœu d'une « approche innovante », assurant la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, de « tout son soutien ». « Il est nécessaire de développer le système actuel, mais il faut aussi mettre en place des réformes », a-t-elle insisté, plaidant pour de nouvelles règles sur les subventions industrielles, la protection de la propriété intellectuelle et pour un renforcement de la transparence du mécanisme de règlement des différends. « À l'OMC, il faut nous assurer de progresser rapidement même si nous avons des partenaires qui étaient amis par le passé et qui ne le sont peut-être plus actuellement », a-t-elle insisté.
Envisager des contre-mesures à des droits de douane américains sur les voitures
« Avec les États-Unis, nous avons réagi de manière très claire (dans le cadre du relèvement tarifaire américain contre les importations d'acier et d'aluminium, NDLR). Nous constatons déjà que notre réaction a une influence délétère sur l’emploi aux États-Unis. Il faudra peut-être réagir avec un autre paquet de réactions à des mesures américaines contre les voitures », a estimé Mme Schramböck, en réponse aux inquiétudes de l'eurodéputé français Emmanuel Maurel (S&D). « Vous pouvez faire confiance à l’Autriche pour établir un pont entre l’Europe et les États-Unis », a-t-elle ajouté, soulignant aussi « la nécessité de savoir comment réagit l’industrie automobile allemande ».
L'eurodéputée autrichienne Karoline Graswander-Hainz (S&D) n'a pas manqué de titiller sa compatriote, appelant le gouvernement autrichien à « aussi tirer les leçons des erreurs commises dans le cadre du CETA » dans le processus d'approbation de l'accord de libre-échange avec le Japon.
« La qualité doit primer sur la rapidité dans les accords commerciaux, il est bon que vous le reconnaissiez. Pour nous, il est clair que l'accord de libre-échange avec le Japon doit aller au-delà des normes de CETA. Or, tant que les normes fondamentales du travail de l'OIT au Japon n'auront pas été ratifiées et que le chapitre sur la durabilité ne contiendra pas de mécanisme de sanction, nous n'approuverons pas l'accord au PE », a prévenu Mme Graswander-Hainz (S&D).
« Si l'Europe veut fixer les normes dans des accords commerciaux équitables, elle a aussi besoin de la possibilité de sanctions contraignantes. Si l'Europe qui protège est la priorité de la Présidence autrichienne, il doit aussi être possible de faire respecter et de protéger les normes environnementales et les droits des travailleurs », a-t-elle conclu. (Emmanuel Hagry)