Les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et ukrainien, Petro Porochenko, ont souligné, lundi 9 juillet, dans la déclaration commune du sommet UE-Ukraine, la nécessité « de poursuivre et d'accélérer les efforts de réforme, en particulier dans la lutte contre la corruption ».
Selon les trois présidents, cela doit, entre autres, passer par la poursuite des efforts de réforme du système judiciaire et des poursuites pour renforcer l'État de droit en Ukraine, un travail sur « l'indépendance nécessaire et la pleine efficacité de toutes les institutions de lutte contre la corruption » ou la mise en place « d'urgence d'un mécanisme efficace de vérification » des déclarations électroniques de biens et de révoquer l'obligation de déclaration électronique de biens des militants civiques (EUROPE ). L’Ukraine est 130e sur 180 pays dans le classement de Transparency International concernant la lutte contre la corruption.
« Les réformes anticorruption doivent rester en tête de l’ordre du jour », a prévenu M. Tusk devant la presse, alors que M. Juncker a estimé qu’il s’agissait d’une « ardente obligation » de l’Ukraine, ajoutant qu’il y avait « beaucoup de corruption en Ukraine comme ailleurs ». De son côté, M. Porochenko a énuméré les nombreuses structures mises en place pour lutter contre la corruption et, notamment, les progrès réalisés dans le domaine bancaire ou dans celui de l’énergie. Il a ajouté que l’Ukraine avait pris plus de mesures dans la lutte anticorruption que n’importe quel autre pays.
Tout en se félicitant de l’adoption de la loi sur la Haute Cour anticorruption, « étape importante dans la lutte contre la corruption », les présidents ont expliqué attendre avec impatience « l'adoption rapide des modifications nécessaires pour garantir sa compétence en matière d'appel des décisions des tribunaux de première instance ». L’UE souhaite que cette cour puisse aussi travailler sur les affaires pendantes. Les présidents se sont félicités de l'intention de rendre le tribunal pleinement opérationnel d'ici la fin de l'année. Selon M. Porochenko, le Parlement ukrainien doit se prononcer, mercredi 11 juillet, sur des amendements « afin de renforcer l’efficacité de cette cour ».
La lutte contre la corruption est aussi un des critères pour le décaissement de la nouvelle assistance macro-économique d’un milliard d’euros. Le président ukrainien a espéré que le premier déboursement de cette assistance puisse avoir lieu à l’automne.
Le sommet, le dernier avant les élections législatives et présidentielles en Ukraine et les élections européennes, a été l’occasion de faire le point sur « le vaste processus de réforme entrepris par l'Ukraine », mais aussi sur la coopération UE/Ukraine et « l'engagement continu » des deux parties « à renforcer l'association politique et l'intégration économique ». M. Juncker s’est dit « plus que satisfait » des progrès réalisés depuis quatre ans, soit le premier sommet ayant réuni M. Juncker, M. Tusk et M. Porochenko. « Il y a eu bien plus de progrès (en quatre ans) que dans les 20 années précédentes », a-t-il estimé.
Ils sont aussi convenus de développer leur coopération sectorielle, notamment sur l’éducation, l’énergie, le marché numérique ou l’approfondissement de la coopération douanière. Le président ukrainien a aussi annoncé que l’UE et l’Ukraine allaient renforcer leur coopération et avoir des actions conjointes pour contrer toute action qui serait entreprise pour biaiser les élections, que ce soit des campagnes de désinformation ou des cyberattaques.
Les présidents ont aussi fait front commun concernant l’annexion de la Crimée et le conflit dans l’est de l’Ukraine. « Il est grand temps de passer d’une politique de non-reconnaissance à une stratégie de désoccupation bien coordonnée », a souligné M. Porochenko. Les deux parties ont appelé à la libération immédiate des citoyens ukrainiens emprisonnés illégalement en Crimée et en Russie.
Par ailleurs, en marge du sommet, la Banque européenne d’investissement et l’Ukraine ont signé un prêt de 75 millions d’euros pour des investissements dans la sécurité routière urbaine dans cinq villes du pays : Dnipro, Kharkiv, Kiev, Lviv et Odessa, qui représentent environ 7 millions d’habitants. (Camille-Cerise Gessant)