Le président de la République d'Angola, João Lourenço, reçu mercredi 4 juillet par le Parlement européen à Strasbourg, a décrit aux eurodéputés les réformes qu'il a lancées et appelé l'Union européenne à aider son pays à surmonter les difficultés qui empêchent encore la diversification de son économie.
Au-delà de la relation bilatérale avec l'UE, c'est à un partenariat renforcé entre l'UE et l'Afrique, conforme aux priorités du sommet UA/UE d'Abidjan, qu'il a appelé, ainsi qu'à « un dialogue permanent et franc avec le Parlement européen dans tous les domaines où nous partageons des intérêts ».
Évoquant ses entretiens récents avec le président du Conseil européen, Donald Tusk, et la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, il a souligné que « certains problèmes en Afrique ont des répercussions directes en Europe, qui méritent l'attention des deux continents ». Et d'insister, à cet égard, sur l'intérêt qu'il y aurait à créer des opportunités d'emploi sur le continent africain pour endiguer les vagues d'immigration en Europe.
Au pouvoir depuis septembre 2017, le président angolais a expliqué poursuivre l'approfondissement du processus démocratique et mettre en œuvre des politiques bénéficiant directement aux populations, ainsi qu'un programme de stabilisation macro-économique et budgétaire. Toutefois, selon lui, le secteur pétrolier ne permet pas de remédier aux déséquilibres persistants.
« Nous avons beaucoup investi dans les infrastructures, le social, mais ce n'est pas suffisant pour couvrir les besoins en eau, énergie, hôpitaux, écoles. Nous comptons sur l'UE pour surmonter les difficultés et mettre l'économie angolaise au service du bien-être de la population », a-t-il dit.
Croisade contre la corruption et l'impunité, lutte contre la criminalité des cols blancs, loi sur le rapatriement des capitaux, nouvelle loi sur la concurrence qui a conduit à l'annulation de contrats pour la construction d'infrastructures publiques ne respectant pas les principes élémentaires de transparence, nouveau modèle de commerce des diamants pour mettre un terme au monopole, accélération de l'octroi de visas sont parmi les réformes visant à créer un environnement favorable aux affaires et aux investissements privés.
« Ces derniers mois, l'Angola est un pays plus ouvert au monde, aux investissements, au tourisme », a déclaré le président. L'agriculture, l'élevage, la pêche, le tourisme, les matériaux de construction, la production de gaz naturel, la construction des infrastructures, la distribution d'énergie électrique et d'eau sont ouverts aux investissements privés étrangers.
Rappelant que l'Afrique connait conflits, terrorisme, faim et pauvreté, il a estimé que « les fils de l’Afrique, en qualité d’immigrants, fuient la faim, les conflits, le chômage, l’absence de perspectives. Nous sommes tous responsables de ces conditions ».
D'où l'appel qu'il a lancé à l'UE pour établir un modèle de coopération qui, à long terme, puisse remédier à cette situation. Il faut pour cela que les pays africains « ne soient plus exportateurs de matières premières, mais de produits manufacturés, pour créer de l'emploi pour nos citoyens. UE et Afrique ont toutes les deux à y gagner si l'Afrique est en mesure de retenir ses fils sur son continent. Ce n’est pas un rêve. Cela peut devenir une réalité si nous continuons à discuter d’égal et égal ».
Sur la même ligne, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a déclaré : « L’Angola est un pays important sur le continent africain et le Parlement européen souhaite renforcer le partenariat avec l’Afrique. Votre élection a renforcé le processus démocratique. Vos réformes attirent les investissements étrangers. Vous luttez contre la corruption. Mais des changements structurels sont nécessaires pour lutter contre la pauvreté et le chômage. Votre économie est encore insuffisamment diversifiée. L’UE est disposée à vous aider. » Estimant que le commerce est l'un des domaines de coopération à approfondir, il a en outre invité l'Angola à rejoindre l'accord de partenariat économique (APE) entre l'UE et six pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA ou SADC) (EUROPE 11955), dont l'Angola exerce actuellement la présidence.
M. Tajani a en outre remercié le président Lourenço pour l'accueil que réserve l'Angola aux réfugiés de RDC. Il a aussi insisté sur le fait que « le Conseil européen a appelé à plus d'échanges entre l'UE et l'Afrique » (EUROPE 12052). (Aminata Niang)