Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a plaidé, mercredi 4 juillet à Strasbourg, pour une Europe qui assure sa « révolution 4-0 » dans les technologies et l’innovation, renforce sa défense sans faire de l’ombre à l’OTAN et assure le bien-être de ses citoyens.
Intervenant en pleine controverse sur la question de l’État de droit dans son pays (voir autre nouvelle), le Polonais a rappelé l’histoire de son pays et le rôle qu’il a à offrir à l’UE. Sans le rideau de fer, la Pologne aurait même été l’un des pays fondateurs de l’UE selon ce que voulait le gouvernement polonais en exil à l’époque, a-t-il insisté.
Sans jamais remettre en cause l’appartenance de son pays à l’UE, M. Morawiecki a assuré que la Pologne voulait apporter une coopération essentielle à l’UE, tout en rejetant l’idée de l’intégration indéfinie « qui n’est pas un but en soi ». Il n’y a « pas un déterminisme qui verrait une seule UE et nous obligerait à un éternel transfert de compétences vers un super État », a-t-il souligné.
Respect des identités nationales
Soulignant à plusieurs reprises la fierté de la nation polonaise, le Premier ministre a aussi mis en garde ses partenaires : « Des pays qui se sentent faibles, méprisés, ce n’est pas bon pour l’UE. »
Pour le Polonais, il est avant tout question de respecter les identités nationales. C'est « un élément essentiel de la confiance » dans l’UE, a-t-il plaidé. Soulignant que l’UE se trouve dans une crise existentielle sans précédent, confrontée à une multitude de questionnements, Mateusz Morawiecki a estimé que le projet européen avait besoin d’une « nouvelle ouverture ».
« Nombre d’Européens ne veulent pas plus d’intégration ou s’opposent à l’UE. On peut s’en scandaliser, c’est un fait. » Il faut donc pouvoir se demander « pourquoi tant de gens n’aiment pas la façon dont évolue l’UE », a-t-il estimé. Selon lui, un tel rejet émerge quand les Européens sentent qu’ils « perdent le contrôle ».
Devant le PE, l’institution européenne « la plus démocratique », Mateusz Morawiecki a énuméré quelques grandes idées sur l’avenir de l’UE.
Sur le plan intérieur, il convient pour lui de parachever le marché intérieur et de pousser un peu plus loin la libéralisation des services, via une révision de la directive spécifique de 2006. Insistant sur la transformation énergétique, le Polonais a souligné que son pays avait entamé un changement de fond en ce sens.
Sur le budget de l'UE après 2020, le dirigeant politique a demandé de préserver les fonds européens pour la cohésion, estimant au passage que toute limitation de la politique de cohésion s’assimilerait aussi à « du populisme anti-européen ou pro-européen ».
Sur le plan international, le Premier ministre a rappelé son attachement à la relation transatlantique, une donnée qu’il a d’ailleurs en commun avec un certain nombre d'eurodéputés, s’est-il félicité. Et, a-t-il ajouté, l’UE doit aussi développer une défense autonome alors qu'elle fait face à une série de défis globaux, y compris « une Russie agressive ».
La justice fiscale, la lutte contre les paradis fiscaux ou la fraude à la TVA ont aussi pris une grande importance dans ses propos, le Polonais prenant son pays en exemple en matière de lutte contre l’évasion fiscale.
Les députés ont, eux, été plus circonspects, limitant cependant largement le débat aux critiques sur les réformes judiciaires. (Solenn Paulic)