Dans un contexte de tensions commerciales croissantes alimentées par le repli isolationniste et protectionniste américain, les chefs d'État ou de gouvernement de l'UE ont réaffirmé, lors du Conseil européen des 28 et 29 juin, leur soutien au système commercial multilatéral régi par l'OMC, tout en plaidant pour la réforme de cette institution et l'élaboration de nouvelles règles, notamment en matière de subventions industrielles.
Dans ses conclusions, le Conseil européen appelle à « préserver et approfondir le système multilatéral fondé sur des règles » et souligne l'engagement de l'UE à œuvrer pour cette « modernisation ».
Les Vingt-huit chargent la Commission de proposer une approche globale pour améliorer le fonctionnement de l'OMC en collaboration avec « des partenaires tiers aux vues similaires ». L'objectif poursuivi est d'œuvrer pour : - des négociations souples ; - de nouvelles règles pour répondre aux nouveaux défis comme les subventions industrielles, les atteintes à la propriété intellectuelle et les transferts de technologie forcés ; - la réduction des coûts des échanges ; - un règlement des différends plus efficace et transparent, incluant l'organe d'appel, pour garantir des règles du jeu équitables ; - le renforcement de l'OMC, y compris dans sa fonction de transparence et de surveillance ; - une nouvelle approche pour le développement.
Poursuivre l'agenda bilatéral « positif ». S'appuyant sur le récent renforcement de son dispositif en matière de défense commerciale, le Conseil européen a confirmé l'agenda commercial bilatéral « positif » de l'UE visant à négocier des accords « ambitieux, équilibrés et mutuellement bénéfiques avec des partenaires clés en promouvant ses valeurs et ses normes ».
Les Vingt-huit ont aussi demandé l'adoption rapide de la proposition de mécanisme de filtrage des investissements des pays tiers dans l'UE, qui doit désormais être finalisé dans des négociations en trilogue entre le Conseil et le Parlement européen (EUROPE 12041).
Résister au protectionnisme américain. Le Conseil européen a aussi affirmé son soutien aux mesures prises par la Commission - les 'mesures de rééquilibrage' (des droits de douane ciblant des produits américains pour 2,8 milliards d'euros) notifiées à l'OMC, puis adoptées par l'UE le 22 juin ; un recours à l'OMC ; une enquête de sauvegarde sur l'acier - en réponse au relèvement tarifaire américain sur les importations d'acier et d'aluminium, « qui ne peut être justifié pour des raisons de sécurité nationale », rappellent les chefs d'État ou de gouvernement.
Enfin, alors que le président américain, Donald Trump, menace d'un relèvement tarifaire contre les importations de voitures et que son administration a pris la décision (encore provisoire), en juin, d’imposer des mesures antisubventions contre les importations d’olives noires espagnoles qui jouissent d'aides autorisés à l'OMC, le Conseil européen a appelé l'UE à « répondre à toutes les actions de nature clairement protectionniste, y compris celles qui remettent en cause la Politique agricole commune (PAC) ».
L'Espagne dénonce l'attaque américaine contre la PAC. Inquiet de l'action américaine contre les exportations d'olives noires de son pays, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a obtenu que ses pairs « soulignent la nécessité de ne pas remettre en question le système d'aide de la PAC ».
Dans l'affaire des taxes sur l'acier, le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a insisté pour que « toute mesure de rétorsion de l'UE soit proportionnée pour éviter que la situation ne dégénère en guerre commerciale qui serait préjudiciable pour des pays commerçants comme l'Irlande ».
La chancelière allemande, Angela Merkel, s'est félicitée que « l'UE reste ferme et unie face à l'attaque inacceptable de nos alliés américains ». (Emmanuel Hagry, avec la rédaction)