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Bulletin Quotidien Europe N° 12052
CONSEIL EUROPÉEN / Migration

Pour Donald Tusk, il est bien trop tôt pour parler de « succès » dans la gestion du défi migratoire

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, s’est montré très prudent, vendredi 29 juin, sur l’accord européen sur la migration arraché dans la douleur dans la nuit de jeudi à vendredi par les Vingt-huit (EUROPE 12051). D'après lui, il est « encore bien trop tôt pour parler de succès » et cet accord constitue « la partie la plus facile ». 

Le vrai test sera sans aucun doute celui du terrain. « Comme dans chaque accord, ce qui est décisif c’est la mise en œuvre [et] nous allons sûrement faire pression pour que cela arrive », a déclaré le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, dont le pays prendra les rênes du Conseil de l’UE à partir de dimanche 1er juillet. 

Énumérant les points de l’accord marqué à l'unanimité, M. Tusk a mis surtout l’accent sur la protection des frontières extérieures de l'UE qui passera notamment par « des plates-formes régionales de débarquement » des migrants sauvés en mer dans les pays tiers pertinents. 

« J’ai toujours dit que nous devions adopter le modèle australien. Cela a fonctionné pour arrêter totalement les noyades. J’ai été massivement critiqué et réprimandé, mais maintenant ce débat sur des centres en dehors de l’Europe est clairement sur la table », s'est félicité M. Kurz. 

L’OIM et le HCR auront la charge, avec les pays hôtes participants, d'accueillir les personnes secourues et d’identifier celles pouvant prétendre à l'asile et celles devant retourner dans leur pays d’origine ou dans un pays de transit. 

Le président du Conseil européen s’est aussi félicité que les Vingt-huit aient accepté de : - mettre au point après 2020 un instrument budgétaire dédié à la migration ; - financer le Fonds fiduciaire d'urgence pour l’Afrique (500 millions d'euros en provenance du FED) ; - débloquer la seconde tranche de 3 milliards d'euros pour la Facilité pour les réfugiés en Turquie (voir autre nouvelle). 

L’accord trouvé porte aussi sur la création, dans les États membres volontaires, de « centres contrôlés » dans lesquels seraient placés les gens secourus dans les eaux territoriales européennes. Leurs dossiers seraient rapidement traités et les candidats éligibles à l’asile pourraient être répartis dans l'UE, là encore sur une base volontaire des États membres et sans préjudice de la réforme dite 'de Dublin' sur l'asile. 

Les pays de Visegrád ont ainsi déjà exclu de participer et en auront le droit. L'Italie, selon son Premier ministre, Giuseppe Conte, ne le souhaite pas non plus. Pour le président français, Emmanuel Macron, les choses sont claires : la France n’accueillera pas ces centres contrôlés, car « elle n’est pas un pays de première entrée ». Même chose pour la Belgique, du moins « tant que la réforme de Dublin ne sera pas faite », a dit son Premier ministre, Charles Michel. 

Soulagée, la chancelière allemande espère calmer la fronde au sein de sa coalition gouvernementale sur la question des mouvements secondaires de demandeurs d'asile au sein de l'espace Schengen. 

« J’ai vu que la situation était tendue en Allemagne. C’était une incitation à essayer de trouver un compromis (...). Nous avons trouvé une solution substantielle », a dit Mme Merkel. Et d'ajouter : « J’ai essayé de trouver un accord avec les États membres qui sont des pays de première arrivée. Et des pays comme la Slovénie et la Bulgarie doivent aussi faire des contrôles aux frontières. Ma position de principe n’a pas changé : ne rien faire de façon unilatérale. » 

La CSU voit dans les conclusions du sommet européen une carte blanche pour renvoyer des migrants à la frontière. 

Néanmoins, l'Italie n’a pas l’intention de s’engager dans des accords bilatéraux, par exemple avec l’Allemagne, pour réadmettre les demandeurs d'asile ayant déposé un dossier sur son sol. 

« Je n'ai souscrit aucun accord avec Mme Merkel. Il n'y a aucune obligation de la part de l'Italie », a souligné le Premier ministre italien, Giuseppe Conte. 

La réforme du système européen d'asile dans les limbes. Un accord au Conseil sur la réforme du système dit 'de Dublin' n'est pas pour demain (EUROPE 12034). Les Européens ont simplement recommandé que cette réforme progresse « le plus rapidement possible » et trouve un équilibre entre « responsabilité et solidarité ». Ce dossier sera donc transmis à la Présidence autrichienne du Conseil de l'UE à partir de juillet. 

Le président français, Emmanuel Macron, a salué une « solution à la hauteur de l’Europe et de ses valeurs ». « Il y a certains grands principes que l’on ne peut pas compromettre, comme le droit d’asile. Le droit d’asile, ce n’est pas la totalité du phénomène migratoire. Cela ne veut pas dire recueillir toutes les personnes quelles que soient les circonstances de leur arrivée », a-t-il commenté. 

Au Parlement européen, le groupe Verts/ALE a critiqué les termes de l’accord des Vingt-huit. Pour le Belge Philippe Lamberts et la Française Eva Joly, l’UE « enterre le droit d’asile ». Le groupe GUE/NGL a estimé que l'accord bafouait les droits des migrants. Plus nuancé, le social-démocrate allemand, Udo Bullmann, a jugé au contraire que des avancées avaient été enregistrées dans le partage de la solidarité et l’ébauche d’une notion de « responsabilité européenne ». (Solenn Paulic avec la rédaction)

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