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Bulletin Quotidien Europe N° 12003
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Avenir de l'ue

M. Macron plaide pour la construction d'une « nouvelle souveraineté européenne » et défend les frappes contre la Syrie

Quatrième leader européen à s'exprimer sur l'avenir de l'UE devant le Parlement européen, le président français Emmanuel Macron s'est livré, mardi 17 avril à Strasbourg, à un plaidoyer énergique pour plus d'Europe et pour « une nouvelle souveraineté européenne » comme seule alternative aux projets d'« une Europe du repli », dont il ne veut pas. 

Son projet de refondation de l'Europe largement connu depuis le discours présidentiel prononcé à la Sorbonne (EUROPE 11870), M. Macron s'est livré pendant deux heures trente à un échange avec les députés, parfois musclé, notamment à propos des frappes françaises, britanniques et américaines en Syrie, qu'il a tenu à légitimer, en réponse à ceux - issus des rangs des groupes GUE/NGL, ELDD et ENL - qui ont critiqué l'absence de mandat international pour agir, et l'alignement de deux pays européens sur la politique américaine. 

Une nouvelle souveraineté européenne « plus forte que la nôtre », c'est, selon M. Macron, la seule réponse aux peurs, à l'heure de la remise en cause du multilatéralisme, « au moment des grandes transformations liées au numérique et au réchauffement climatique ». Et les élections européennes de mai 2019 devront être l'occasion pour l'UE de mener ses combats « sur nos idéaux et deux convictions : ni abandon de la démocratie ni fausse route ». « Nous devons construire une nouvelle souveraineté européenne qui protège les citoyens. Face à l'autoritarisme, il n'y a pas de démocratie autoritaire, mais l'autorité de la démocratie », a affirmé le président français. 

« Défendre l'idée d'une souveraineté européenne, ce n'est pas défendre une idée abstraite. C'est acter que, pour apporter les bonnes réponses aux grandes transformations du monde, nous avons besoin d'une souveraineté plus forte que la nôtre », a déclaré M. Macron. 

Cette souveraineté a cinq visages : la souveraineté démocratique, la souveraineté économique et commerciale, la sécurité et la défense, la souveraineté énergétique et climatique, la souveraineté numérique. 

Le président français s'est fait l'ardent défenseur des valeurs européennes et du modèle démocratique européen. Ce modèle est « unique au monde », « n'est pas daté », mais il doit répondre aux défis environnementaux et numériques et il « nous distingue des puissances autoritaires et de certains partenaires qui rejettent le multilatéralisme » comme les États-Unis, s'agissant du climat et du commerce. 

Nouvelle proposition. Évoquant le défi migratoire qui pose la question de la solidarité entre États membres dans le cadre de la réforme du système d'asile européen, le président Macron a proposé de lancer « un programme européen qui soutienne les collectivités locales accueillant des réfugiés ». Ce soutien, par le budget de l'UE, est la nouvelle proposition qu'il a faite, mardi. 

Réfutant l'idée que les peuples ne veulent plus d'Europe, le président français a égratigné ceux qui ont vanté le Brexit auprès des électeurs, fustigeant « ceux qui proposent des voies dorées puis se soustraient », et ceux qui proposent de « détruire l'Europe sans rebâtir ». 

Les députés des groupes PPE, S&D, ADLE et Verts/ALE l'ont applaudi. 

Un débat critique sur l'Europe. Convaincu que « les peuples ont besoin d'un projet nouveau », M. Macron a appelé à faire vivre le « débat critique » via les consultations citoyennes lancées le jour même en France

Le 1er juin prochain, 2 000 jeunes discuteront au Parlement européen de l'avenir de l’Europe, a annoncé le président du PE, Antonio Tajani, invitant M. Macron à y participer. 

« La vraie France est de retour ! », s'est réjoui le président de la Commission européenne. Jean-Claude Juncker a rappelé, comme l'ont fait de nombreux députés, que l'axe franco-allemand était certes important, mais que l'UE compte 28 États membres. Il a invité à garder ouverte la perspective d'adhésion à l'UE pour les Balkans occidentaux (voir autre nouvelle). 

M. Macron s'y est dit favorable pour prévenir le risque de « dérive vers la Turquie ou la Russie », tout en assurant qu'il n'y aura pas d'élargissement de l'UE sans approfondissement ni réformes préalables, pour ne « pas continuer à cavaler à 30 ou 32 avec les mêmes règles ». 

L'Allemand Manfred Weber, président du groupe PPE, a dit tout son soutien à la vision de M. Macron. « L’Europe, c’est plus que l’axe franco-allemand », a-t-il considéré. Et d'ajouter : « La vraie démocratie, c’est le Parlement : chaque citoyen y a une voix, il représente toutes les sensibilités politiques. » 

Au nom du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt s'est félicité de la vision de M. Macron. Il a regretté que « l’armée européenne n’existe toujours pas », dénoncé l'illusion d'une politique étrangère commune « à cause de la règle de l'unanimité qui est une aberration », l'absence d'Union bancaire et de gouvernance pour la zone euro, ainsi que les « dérives autoritaires en Pologne et surtout en Hongrie ». 

Le nouveau président du groupe S&D, l'Allemand Udo Bullmann, a estimé que « face aux ennemis de l’Europe, et aux fausses nouvelles, nous avons besoin d’une Europe forte », notamment en matière de protection des données privées. Il a plaidé pour que l'UE fasse preuve d'unité face aux massacres en Syrie, à un moment où il convient de renforcer les institutions européennes, et les rôles de la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et du Secrétaire général de l'ONU. 

Même satisfaction du président du groupe CRE, le Britannique Syed Kamall, quant à la vision d'une Europe sans cesse plus étroite. Mais « un plus gros budget et un ministre européen des Finances n'est pas la bonne vision pour tous les États membres », a-t-il prévenu. 

Le Belge Philippe Lamberts, président du groupe Verts/ALE, tout en louant la vision prônant plus d'Europe, s'en est pris au projet libéral de M. Macron, à sa politique très dure contre les migrants irréguliers en France, à l'évacuation violente et aux destructions à Notre-Dame-des-Landes. 

« Votre action en France raconte une tout autre histoire que liberté, égalité, fraternité. Avec des arrestations sur seul soupçon. Quelle égalité quand vous faites des cadeaux aux plus riches ? Quelle fraternité quand vous vendez des armes ou dans votre projet de loi sur l'asile et l'immigration ? Faut-il contenir ou refouler ? », a lancé M. Lamberts. 

Cette sortie ne fut pas du goût de M. Macron qui a répondu sèchement en invoquant l'État de droit et la nécessité d'améliorer l'accueil des migrants légaux et candidats éligibles à l'asile, et de rendre effective la politique de retour des migrants irréguliers. 

Au nom du groupe GUE/NGL, le Français Patrick Le Hyaric, a trouvé paradoxal que M. Macron parle d'Europe souveraine « au moment même où il a pris la décision de bombarder la Syrie avec M. Trump et Mme May en s'affranchissant du cadre international ». Il a dénoncé le « deux poids, deux mesures » quand Israël tue en toute impunité, la Turquie s’accapare Afrin, et l'Arabie saoudite bombarde le Yémen.

À tous ceux qui ont critiqué les dernières frappes occidentales en Syrie (EUROPE 12002), M. Macron a répondu que la Syrie n'avait « rien à voir avec la Libye », où l'ex-président français Nicolas Sarkozy et l'ex-Premier ministre britannique, David Cameron, avaient agi militairement pour renverser Mouammar Kadhafi. « Nous avons détruit trois sites, sans une victime. La lutte contre le terrorisme, c'est la seule guerre que nous menons », a-t-il affirmé, assurant que la priorité, désormais, était à la poursuite du travail humanitaire et politique dans le cadre de l'ONU. 

M. Macron a invité tous les pays à rejoindre la France, qui a annoncé l'octroi de 50 millions d'euros d'aide humanitaire pour les ONG en Syrie. « Nous ne construirons pas l’avenir de la Syrie si nous laissons Bachar al-Assad poursuivre le travail qu’il mène », a-t-il considéré. (Aminata Niang)

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