La Commission européenne restait en attente, lundi 12 mars, de la confirmation d'une réunion avec l'administration américaine pour s'assurer de l'exemption pour l'UE des droits de douane promulgués, jeudi 8 mars, par le président américain, Donald Trump, et qui seront appliqués d'ici une dizaine de jours contre les importations d'aluminium et d'acier aux États-Unis.
« Aucune réunion n'est prévue cette semaine, mais nous nous attendons à des contacts à différents niveaux », nous indiquait une source à la Commission lundi après-midi, précisant qu'à ce stade, aucune date n'avait été formellement avancée par Washington pour la réunion annoncée par M. Trump, lundi matin, entre son secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, et les représentants de l'UE.
« Wilbur Ross va discuter avec les représentants de l'UE sur l'élimination des tarifs douaniers et des barrières importantes qu'elle applique contre les États-Unis [et] qui sont injustes pour les agriculteurs et les fabricants américains », avait lancé M. Trump sur Twitter.
En visite à Bruxelles pour une réunion avec l'UE et le Japon sur les surcapacités industrielles, samedi 10 mars (voir autre nouvelle), le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, n'a pas donné les assurances attendues par l'UE concernant son exemption des droits de douane de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur les importations d'aluminium aux États-Unis, des droits motivés par des raisons de sécurité nationale au titre de la 'section 232' du Trade expansion Act de 1962 (EUROPE 11973).
« Nous n'avons pas obtenu de clarté immédiate sur la procédure pour être exemptés », a déploré la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, à l'issue de la rencontre, samedi.
Peu après, M. Trump a conditionné l'exemption pour l'UE des taxes américaines sur l'acier et l'aluminium à l'abandon par l'Union de ses barrières douanières et réglementaires contre les produits américains.
« L'UE : des pays merveilleux qui traitent très mal les États-Unis au plan commercial, qui se plaignent des droits de douane sur l'acier et l'aluminium. S'ils laissent tomber leurs horribles barrières et tarifs douaniers sur les produits américains, nous laisserons tomber les nôtres. Sinon, nous taxerons les voitures, etc. Honnête ! », avait-il lancé.
« Nous avons vu comment [le protectionnisme] est utilisé comme une arme pour nous menacer et nous intimider. Mais nous n'avons pas peur et nous nous défendrons contre les intimidateurs », a assuré Mme Malmström, lundi matin.
Lors de son point de presse quotidien, lundi, la Commission a dit poursuivre ses travaux sur son paquet de contre-mesures, incluant un recours à l'OMC, des mesures de sauvegarde et des mesures de rétorsion qui frapperaient des produits américains pour 2,8 milliards d'euros (EUROPE 11976).
Elle a toutefois répété que « le dialogue » avec Washington restait « la première option » pour s'assurer de l'exemption des mesures américaines pour l'UE, comme pour le Canada et le Mexique.
Tancée sur la question plus globale des droits de douane transatlantiques, la Commission a aussi tenté, chiffres à l'appui, de défendre l'ouverture commerciale de l'UE à l'égard des États-Unis.
« L'UE et les États-Unis sont de manière générale ouverts à leurs produits respectifs. Le tarif moyen appliqué par l'UE (3 %) est très similaire au tarif moyen appliqué par les États-Unis (2,4 %). Les droits de douane américains sur les voitures (2,5 %) peuvent effectivement être inférieurs à ceux de l'UE (10 %), mais d'autres tarifs sont plus élevés du côté américain dans ce secteur, comme ceux pour les camions et les camionnettes (25 %) contre 14 % en moyenne pour l'UE », a souligné un porte-parole.
« Les États-Unis ont aussi des droits de douane élevés sur d'autres produits, notamment sur les arachides (164 %), les chaussures (48 %) et les textiles (12 %). Globalement, le tarif extérieur de l'UE a moins de pics tarifaires de ce type que celui des États-Unis. Par conséquent, choisir des tarifs particuliers dans une catégorie [l'automobile] tout en ne tenant pas compte des niveaux inférieurs sur d'autres produits ne donne pas une image précise des tarifs en général », a-t-il ajouté.
La France veut une réponse de l'UE « unie et forte ». « Nous évaluons précisément l'impact [de la décision américaine] en termes d'emploi et de prix, entreprise par entreprise, site de production par site de production. Il y aura un impact sur les productions d’acier et d’aluminium en France. La France est touchée et c’est pour cela que nous recherchons une solution européenne, unie et forte », a commenté lundi le ministre français de l'Économie, Bruno Le Maire. (Emmanuel Hagry)