Voilà de quoi alimenter la future communication sur la lutte contre la désinformation en ligne qui sera publiée le 25 avril prochain. Lundi 12 mars ont été publiés les résultats d'une consultation publique, ceux d'une enquête Eurobaromètre, ainsi que les conclusions du groupe d'experts sur les fausses informations et la désinformation en ligne. Dans la foulée, la Commission a réaffirmé son opposition à une législation.
« Depuis le début, notre approche multidimensionnelle et multipartite est basée sur l’autoréglementation. Il faut rester cohérent avec notre approche du début : nous avons dit, donnons-nous le temps de travailler sur les définitions, sur les mesures qui existent déjà et celles qui pourraient faire l'objet d'un travail commun », a déclaré la commissaire Mariya Gabriel, lors de la conférence de presse.
Les recommandations du groupe de haut niveau
Le rapport du groupe de haut niveau, d'une quarantaine de pages, propose des définitions, des principes clés ainsi que des objectifs à court et à moyen terme. Ainsi, il définit la désinformation (terme préféré à celui de fausse nouvelle) comme « des informations fausses, inexactes ou trompeuses ; conçues, présentées et promues pour causer intentionnellement un préjudice public ou pour faire du profit ».
Le rapport prône l'autoréglementation : à court terme, il suggère notamment à la Commission de mettre en place une coalition multipartite chargée d'élaborer et d'assurer le suivi d'un « code de pratiques » contre la désinformation. Ce code, qui devrait reposer sur les 10 principes clés identifiés par le groupe de haut niveau, aurait pour objectif d'établir clairement les rôles et les responsabilités de chacun. Les recommandations à long terme se concentrent sur l'éducation aux médias, le financement du journalisme de qualité ou encore la publication de lignes directrices sur les aides d'État pour le secteur des médias.
Parallèlement, le groupe de haut niveau adresse des recommandations aux réseaux sociaux, parmi lesquelles : adapter leur politique en matière de publicité, indiquer clairement le contenu sponsorisé (y compris la publicité politique), mettre en avant les informations fiables ou encore élaborer des garanties pour les systèmes de marquage et de confiance qui reposent sur les utilisateurs.
Le BEUC déçu
Le rapport a été adopté contre l'avis du Bureau européen des Unions de consommateurs (BEUC). « Les plates-formes telles que Google ou Facebook bénéficient massivement des utilisateurs qui lisent et partagent des fausses nouvelles contenant des publicités », a commenté l'organisation, qui parle de « politique de l'autruche ». Elle dénonce tout particulièrement des codes de conduite non contraignants et l'absence d'enquête sectorielle pour enquêter sur le lien entre les politiques de recettes publicitaires des plates-formes et la diffusion de la désinformation.
Reporters sans frontières a, quant à elle, soutenu le rapport, tout en exprimant certaines réticences quant à l'idée de monter une nouvelle coalition.
Eurobaromètre et consultation
Le rapport du groupe de haut niveau s'accompagne d'autres documents. Dans les résultats préliminaires de la consultation publique qui s'est tenue du 13 novembre au 23 février, la Commission montre un grand intérêt pour ce sujet qui a récolté 3 000 réponses. Chose intéressante : 99 % des citoyens ayant répondu disent avoir été confrontés à des fausses nouvelles. La moitié d'entre eux estime que la vérification de faits post-publication n'est pas suffisante, dans la mesure où elle n'atteindra pas le public initial.
Parallèlement, la Commission a publié son enquête Eurobaromètre qui montre que 60 à 70 % des répondants ont confiance dans les médias traditionnels. Ils sont seulement 26 à 27 % pour les sources d'information en ligne et les sites d'hébergement de vidéos. Le texte du rapport est disponible à la page : http://bit.ly/2p4qjZr (Sophie Petitjean)