Les eurodéputés ont vivement appelé la Commission européenne à faire la lumière sur la promotion éclair de M. Selmayr au poste de secrétaire général, lundi 12 mars, à l'ouverture de la session plénière du Parlement lors d’un débat avec le commissaire aux Ressources humaines, Günther Oettinger. Ils plaident pour des procédures transparentes pour la nomination des hauts-fonctionnaires des institutions de l’Union européenne.
Tous les députés ne se sont pas prononcés avec le même degré de virulence, mais tous ont dénoncé la manière dont s’est déroulée la nomination du désormais ex-chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, Martin Selmayr, au poste de secrétaire général de la Commission le 21 février (EUROPE 11966).
L’opacité de la procédure ‘express’ utilisée agite la sphère européenne depuis les révélations du quotidien français Libération. Des députés de la commission du contrôle budgétaire du PE avaient déjà demandé de la clarté le 28 février dernier (EUROPE 11972).
M. Oettinger a d'abord défendu la décision unanime du Collège des commissaires d'approuver la nomination de M. Selmayr dont il a loué les qualités. Il a ensuite affirmé que toutes les étapes de la procédure prévues par les règles avaient été respectées scrupuleusement.
Le groupe PPE, dont est issu M. Juncker, n’a pas été avare de critiques à l’égard de la Commission européenne. Françoise Grossetête (PPE, française) a effectivement évoqué des « fonctionnaires non élus [qui] prennent de facto les rênes de l’institution, au nez et à la barbe de nos vingt-sept commissaires, prévenus en dernière minute et sans qu’ils aient eu leur mot à dire ». Elle a regretté que cette affaire « jette le discrédit » sur la Commission.
Arndt Kohn (S&D, allemand) a, lui, déploré qu’on ait fait « des pieds et des mains pour le [M. Selmayr] désigner, lui, à certaines fonctions », conduisant à un « rejet » de la Commission par la population.
Mais les attaques les plus virulentes sont venues des groupes ADLE et Verts/ALE. La libérale néerlandaise Sophia in’t Veld a considéré que M. Oettinger, prenait « les députés pour des imbéciles » et qu’il s’était « laissé intimider par un fonctionnaire [M. Selmayr] ». Cette affaire « détruit la crédibilité de l’Union européenne », a-t-elle ajouté. Au nom des écologistes, le Belge Philippe Lamberts a fustigé l'« aveuglement coupable » de M. Juncker, dont il a regretté l'absence, ainsi qu'une « centralisation autoritaire et une 'caporalisation' des fonctionnaires » pour qualifier le comportement supposé de M. Selmayr dans sa vie professionnelle.
Les députés europhobes, à l'instar de Nigel Farage (ELDD, britannique) et Nicolas Bay (ENL, français), n'ont pas manqué d'attaquer de nouveau l'Union européenne, félicitant le Royaume-Uni pour son choix de la quitter.
Les parlementaires se sont, par ailleurs, accordés sur le vote d’une résolution une fois que la commission du contrôle budgétaire se sera penchée sur cette nomination contestée. La date de ce vote sera fixée jeudi en conférence des présidents des groupes politiques, le mois d'avril étant évoqué. (Lucas Tripoteau)