Après le feu vert du congrès des sociaux-démocrates, dimanche à Bonn, les négociations entre le parti chrétien-démocrate CDU d'Angela Merkel, ses alliés de la CSU, et les sociaux-démocrates du SPD commenceront formellement cette semaine en vue de former un gouvernement de coalition d'ici mars.
Les présidents des trois partis devaient se rencontrer lundi en fin d’après-midi pour en préciser les modalités. L’objectif est d’avoir un accord autour du 12 février. Le contrat de gouvernement sera ensuite soumis au vote postal des quelque 440 000 militants du SPD.
Le sort d’un futur quatrième gouvernement 'Merkel' est donc toujours entre les mains des sociaux-démocrates. Le futur document franco-allemand sur la réforme de l’UEM, annoncé pour mars, devra en outre être préparé côté allemand par le gouvernement en affaires courantes actuellement en place.
Angela Merkel était toutefois satisfaite dimanche soir « que la voie (soit) ouverte » pour former un « gouvernement stable » en Allemagne. Si le document commun présenté le 12 janvier dernier (EUROPE 11938) constitue une « base de négociation », « il y aura encore beaucoup de questions à approfondir », a-t-elle reconnu.
« Manifeste pour une Allemagne européenne »
Lors du congrès, le président du SPD, Martin Schulz, a mis l’accent sur les avancées promises par la CDU et la CSU sur l’Europe. Le pré-accord de janvier est « un manifeste pour une Allemagne européenne » et « la fin d’une politique européenne allemande qui dit surtout 'non' », a-t-il promis. C’est au contraire un 'oui' à plus d’investissement, plus de droit de travail. C’est aussi, selon l'ancien président du Parlement européen, un 'oui' à un Fonds monétaire européen qui « pratique la solidarité et non l’austérité ». Un 'oui' à l’imposition des géants de l'Internet.
« Cette Europe sera davantage sociale-démocrate qu’aujourd’hui », a assuré M. Schulz en soulignant que le pré-accord mettrait « un frein à la politique d’austérité ». Or « le temps presse » et « sans le SPD il n’y aura pas d’impulsion positive pour l’Europe », a-t-il plaidé.
Le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a salué sur Twitter « le sens des responsabilités du SPD ». « L’Europe a besoin d’une sociale-démocratie engagée et constructive », a-t-il ajouté, admettant la nécessité de « convaincre la base par des avancées progressistes dans le contrat de coalition ». Pour sa compatriote Pervenche Berès (S&D), « le plus difficile commence » pour le SPD qui devra trouver sa place dans la future grande coalition sans se renier. Et d'ajouter : « Quelques thèmes s’imposent : la solidarité européenne, la transition écologique et son financement, la lutte contre les inégalités. »
Chancelière de la relance européenne
La 'moisson européenne' plantée par le SPD pourrait toutefois à nouveau être récoltée par la chancelière Merkel, qui avait su mettre à son actif les résultats de l’actuelle grande coalition durant la campagne électorale.
« Après 12 ans de pouvoir, elle va essayer de laisser une empreinte dans l’histoire en se profilant comme la chancelière de la relance européenne », prévoit Andrea Römmele, professeur de sciences politiques à la Hertie School of Governance.
Plus que les élans fatigués d’un leader en campagne électorale depuis près d’un an, c’est toutefois la fougue de la chef du groupe SPD au Bundestag, Andrea Nahles, qui a remporté l’adhésion des délégués dimanche. Elle a promis que le SPD négocierait des améliorations du futur contrat avec la CDU et la CSU jusqu’à ce qu’ils crient de douleur.
L’accueil des réfugiés constituerait l'un des principaux enjeux des discussions à venir. Les militants SPD n’ont toujours pas digéré les concessions faites par leurs leaders dans le pré-accord. Ce document prévoit de limiter à 1000 par mois le nombre de réfugiés sous protection subsidiaire d’un an qui bénéficieront du rapprochement familial et il limite le solde des demandeurs d’asile en dessous d’un seuil de 220 000.
Pour l’heure, les conservateurs ne ferment aucune porte. « On peut parler de tout », a assuré notamment le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer, sur les ondes de la Deutschlandfunk. Néanmoins, « qui cherche à revoir chaque détail, rouvre l’ensemble du paquet », a prévenu Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre-présidente de la Sarre et dauphine potentielle d’Angela Merkel.
Emportant seulement 56 % des voix en faveur des négociations de coalition lors du congrès SPD, « la position de faiblesse » du leader SPD « peut être un avantage tactique face à Merkel », note Lucas Guttenberg, chercheur de l’Institut Delors à Berlin. « Encore faut-il qu’il puisse rapporter quelque chose à sa base sur les questions d’assurance sociale et de marché du travail », précise-t-il. (Nathalie Steiwer)