Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a exhorté, lundi 22 janvier, les États européens qui ne l’ont pas encore fait à reconnaître l’État de Palestine.
« J’appelle à une reconnaissance rapide de l’État de Palestine », a-t-il lancé à son arrivée au Conseil 'Affaires étrangères' où il a déjeuné avec les ministres européens. Pour M. Abbas, « il n’y a pas de contradiction entre la reconnaissance de l’État de Palestine et la reprise des négociations » avec Israël. Il est même allé plus loin en estimant qu’une telle reconnaissance ouvrirait la porte à la paix et encouragerait les Palestiniens à garder l’espoir de la paix.
Cet appel est resté sans réponse. « Je comprends l’attitude de la plupart des pays de dire qu’il est plutôt malvenu de répondre œil pour œil, dent pour dent (aux actions américaines). Il n’y a pas de masse critique pour reconnaître la Palestine », a ainsi expliqué le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, à l’issue du Conseil. S’il s’est dit en faveur d’une reconnaissance, il a précisé que toute initiative individuelle était à éviter.
Actuellement, seuls neuf États membres – Malte, Chypre, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Pologne et Suède - reconnaissent l’État de Palestine.
Les ministres européens ne se sont pas non plus mis d’accord sur un accord d’association entre l’UE et la Palestine, souhaité par la France. « Il ne s’agit pas d’une question de désaccord, mais de 'timing' », a précisé une source européenne. La question d’un tel accord devrait revenir sur la table des ambassadeurs du Comité politique et de sécurité dans les prochaines semaines, selon cette source.
M. Abbas appelle à un rôle politique plus important de l’UE
Le président de l’Autorité palestinienne a aussi estimé que l’Union « devrait jouer un rôle plus important dans le processus de paix au Proche-Orient afin de parvenir à une solution juste ». Une proposition reprise par la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, pour qui les Européens ont réaffirmé leur volonté que le cadre international des négociations comprenne le Quartet élargi à certains pays arabes, et possiblement à la Norvège. Dans ce cadre, « l’UE aurait un rôle central », a-t-elle estimé.
M. Asselborn a espéré que l’UE jouerait un « rôle plus déterminant pour que les deux parties s’assoient autour d’une table ».
Outre la réunion extraordinaire du Comité de liaison ad hoc prévue pour le 31 janvier, la Haute Représentante a annoncé que des ministres de la Ligue arabe pourraient se joindre à leurs homologues européens pour discuter de la situation, peut-être lors du Conseil 'Affaires étrangères' du 26 février.
« Ce n'est pas le moment de se désengager. Au contraire ! », a souligné devant M. Abbas la Haute Représentante, estimant que « les Palestiniens et les Israéliens devaient montrer plus que jamais leur engagement avec la communauté internationale, avec des acteurs clés dans ce processus, afin que nous puissions ensemble travailler pour un résultat négocié ».
Message reçu par M. Abbas, qui a précisé que les Palestiniens étaient prêts à continuer dans la voie des négociations. Selon Mme Mogherini et M. Asselborn, le président de l'Autorité palestinienne a aussi reconnu que les États-Unis devaient être impliqués dans le processus de paix.
Ne pas abandonner l’UNRWA
Mme Mogherini et M. Abbas ont aussi rappelé l’importance de soutenir l’Agence de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qui aide plusieurs millions de réfugiés palestiniens, en Cisjordanie, à Gaza, en Syrie, au Liban et en Jordanie. « Nous avons déjà augmenté notre soutien et nous examinons les moyens de faire plus. Mais nous espérons que nos amis américains respecteront leur engagement envers l’UNRWA », a précisé Mme Mogherini, ajoutant qu’une réduction des activités de l’agence de l’ONU mettrait à risque la stabilité et menacerait la sécurité de la région. (Camille-Cerise Gessant)